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Rapport de Ernst & Young sur les investissements internationaux en Europe

Ce mercredi 2 juin s’ouvre jusqu’à vendredi à la Baule la huitième édition de la World Investment Conference (www.labaulewic.org). Cette manifestation vise à faire un point sur l’attractivité de l’Europe en matière d’investissements internationaux.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy y sera notamment présent. Côté entreprises, on attend Thomas Enders, le patron d’Airbus, Philippe Varin, celui de PSA et Ben Verwaayen, le directeur général d’Alcatel-Lucent. Et Jiang Jianqing, président d’ICBC, première banque chinoise. Des ateliers sur les clean techs, la santé ou l’innovation figurent aussi au menu.

« L’Usine Nouvelle » est partenaire de cette manifestation organisée par la Fondation Europe+ créée par le groupe PGA et le cabinet Ernst & Young. Ce dernier rendra public à cette occasion sa dernière étude sur les investissements internationaux en France et en Europe (étude que vous pouvez retrouver ici). L’Usine Nouvelle a interviewé Marc Lhermitte un de responsables de l’étude.

L’Usine Nouvelle. Votre dernier rapport sur l’attractivité de l’Europe et de la France en matière d’investissements internationaux est publié ce 2 juin. Avant de le détailler, comment percevez-vous la situation pour l’année en cours et au-delà ?

Marc Lhermitte : Lors de notre précédente enquête en 2009, 30% des investisseurs potentiels ne savaient pas ce qu’ils allaient entreprendre à l’avenir. Un pourcentage considérable. En début de cette année, cette proportion est passée à 6%, marquant peut-être « le début de commencement de la fin de la crise »… Ceci étant tout le monde a été pris à froid depuis février par la récente tourmente monétaire qui ajoute de la complexité et retardera peut-être le redémarrage.

Revenons sur 2009 donc, quel est le constat sur les investissements?

L’année a été évidemment compliquée. Mais, selon notre étude, comparé à 2008 le recul des projets d’investissement sur l’Europe élargie (44 pays observés par Ernst & Young) n’est que de 11% en nombre et 16% en terme d’emplois créés. Une certaine résistance en pleine crise ! Signe des temps, le plus gros investissement est celui du constructeur automobile Chery en Turquie avec 5 000 emplois créés.

Comment se comporte la France ?

Plutôt bien. Les investissements étrangers restent stables, que ce soit numériquement (523 projets, soit+1%) ou en nombre d’emplois créés (13 298, soit +2%). Il faut noter la forte progression du nombre d’implantations dans le domaine industriel (+24%). L’an dernier, celui-ci a représenté quatre projets sur dix. Mais cela traduit à contrario, un net recul dans le domaine tertiaire. Les nouvelles implantations de centres de décision notamment n’ont été que 14 en 2009 contre 42 en 2008 et 57 en 2007.

Et au-delà, quel est l’équilibre entre les pays européens ?

Dans une année où la pression sur les coûts a été très forte, on pouvait penser que les pays d’Europe centrale et orientale seraient favorisés mais cela n’a pas été le cas, du fait notamment de leurs turbulences macro-économiques.
En fait, il y a une forte résilience de l’Europe de l’Ouest et du « Top 3 » avec dans l’ordre Royaume- Uni, France et Allemagne. Ces trois grandes économies constituent une valeur refuge dans une période chahutée. La France et le Royaume-Uni font à peu près le même score qu’en 2008, quant à l’Allemagne elle l’améliore. C’est d’ailleurs remarquable : en 2005, elle n’avait attiré que 185 projets, aujourd’hui elle en est à 418. Pour la plupart, des implantations de petite taille dans le tertiaire souvent liées à la création de bureaux de représentation couvrant l’Europe centrale.

Et sur l’origine des projets notamment ceux provenant d’investisseurs non européens?

Les Etats-Unis continuent de dominer avec un cinquième des créations d’emploi. Il faut noter que les Bric surtout l’Inde et la Chine ont multiplié par cinq leur nombre de projets en Europe en cinq ans. Aujourd’hui, ils sont à l’origine de 10% des emplois créés. Ces entrepreneurs des pays émergents ont de forts tropismes : à elle seule, l’Allemagne attire 55% des projets chinois en Europe et le Royaume Uni, 58% des projets indiens. La Chine a par ailleurs été au troisième rang européen en 2009 en termes d’emplois créés (soit 7%). Ce sont les nouveaux clients de l’Europe. La question est de savoir comment capter durablement ces investissements. C’est un vrai challenge notamment pour la France.

Justement votre rapport sur notre pays s’intitule : « France, valeur mondiale?». Cela induit un doute sur l’avenir…

Effectivement. D’abord, il faut répéter que la France reste clairement dans le haut du classement. En cette année 2009 très difficile, elle a capté 16% des investissements européens, cela représente 529 projets pour 13 298 emplois créés soit la deuxième place donc derrière le Royaume- Uni.

Quels sont donc nos points noirs perçus ?

Sans surprise la réglementation sociale et le coût du travail. C’est le même reproche depuis dix ans. Les 35heures restent notamment un marqueur fort. Ceci dit, on sait que la France a un modèle économique qui intègre ces coûts élevés mais dispose en contrepartie de services publics de bon niveau, d’infrastructures de qualité et d’une grande créativité, ce qu’illustrent nos bons résultats dans les services ou le logiciel (Google, Microsoft, etc…)

Le problème ne va pas au delà ?

Nos deux principaux concurrents ont une image très forte. Le Royaume-Uni, est confirmé comme « la » place financière européenne et une économie tournée vers le monde. L’Allemagne a réussi son formidable pari de devenir le pivot de la nouvelle Europe industrielle. Elle bénéficie de son terreau de PME et de sa capacité depuis dix ans à tenir ses engagements en termes de réforme au-delà des alternances politiques, c’est essentiel.

Reste la France, même si elle est reconnue pour sa capacité d’innovation, les investisseurs s’interrogent toujours sur les coûts et le ROI de leurs projets. Il y a des limites à ce qu’ils les peuvent accepter en termes de handicap de compétitivité, quels que soient les potentiels économiques et technologiques.

Cela hypothèque-t-il l’avenir ?

Cela pose en tout cas la question du rôle futur de la France dans cette nouvelle étape de la mondialisation. A titre d’illustration, quand on demande aux entreprises ayant investi ou projetant de le faire, en Allemagne et au Royaume Uni, quels sont les concurrents potentiels de ces deux pays, la réponse est : Etats-Unis, Chine, Inde. Mais quand on pose la même question aux investisseurs intéressés par la France ils répondent Allemagne ou Royaume Uni. C’est comme si la concurrence pour la France ne se situait qu’au niveau régional (l’Europe) alors que nos deux voisins jouent dans la bataille mondiale. On perçoit là un risque de décrochage.

Peut-on changer cette perception ?

Il y a de nombreuses pistes pour une attractivité plus forte. Selon les investisseurs interrogés par Ernst & Young, l’identité de notre pays peut se construire autour de sa qualité, de sa créativité, de ses atouts industriels. D’autres arguments sont possibles, tels que l’espace euro-méditerranéen par exemple et le rôle de pivot économique que la France pourrait jouer dans cette zone de forte croissance.

Le discours volontariste de Nicolas Sarkozy et gouvernement sur l’économie depuis 2007 séduit-il au plan international ?

D’une certaine manière. Les investisseurs déclarent apprécier le Grand Emprunt, le plan Campus et avant lui le plan de relance. Le crédit impôt recherche aussi est plébiscité. Les décideurs mondiaux renvoient l’image d’un dispositif de qualité mondiale qui a eu un réel effet. Depuis trois ans, la France se défend honorablement, mais la question est posée de sa capacité offensive, comparée en tout cas à celle de ses grands concurrents européens. Pour les 208 investisseurs étrangers, les secteurs d’avenir sont les technologies vertes, l’énergie et les technologies de pointe, des TIC aux biotechnologies.

Enfin, la crise financière a-t-elle eu des conséquences durables en matière de comportement ?

Oui bien sûr, surtout sur l’analyse du risque qui prend un sens de plus en plus large : parité monétaire, évolution des coûts, stabilité politique… Elle devient beaucoup plus sophistiquée. Aujourd’hui à titre d’exemple un investisseur potentiel en Pologne veut avoir une idée de l’évolution des coûts à 5 ans, car on sait (comme l’Espagne en son temps) que son économie se rapprochera vite en termes de niveau de vie des pays européens développés. On veut mesurer aussi la capacité des bassins d’emploi à fournir la main d’œuvre nécessaire dans les villes secondaires de Pologne pour reprendre cet exemple. Bref, limiter les incertitudes.
Nos clients qui mènent des projets d’investissement nous interrogent aussi de plus en plus les capacités financières des collectivités publiques. Ils veulent savoir si celles-ci pourront tenir dans le temps les promesses faites pour attirer les entreprises. Cela semble aller de soi, mais jusque là peu d’investisseurs menaient ces analyses poussées.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

Site original : Usine Nouvelle

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