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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

L’Equipe de France, reflet de la politique française ?

Comme il fallait s’y attendre, Marine le Pen marchant dans les pas de son père y est allée de son commentaire sur l’équipe de France, ce jeudi à l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFM Radio.

Affirmant ne pas se reconnaître dans cette équipe, bien que plus fine que son père, elle expliquait que c’était le résultat du comportement des joueurs qui ont « une autre patrie de cœur » et ne chante pas la marseillaise… A dire vrai, ce n’est pas si éloigné des propos de Jean Marie le Pen ; le cœur du débat est toujours l’immigration n’est-ce pas !

Au lieu de polémiquer sur ces commentaires, utilisons-les pour comprendre le fond de l’histoire : les joueurs sont pour majorité issus de familles d’immigrés et le montre lorsqu’ils évoquent une « patrie de cœur » qui fait frémir la vice-présidente du FN. Y a-t-il une raison a cela ? Oui, et cette raison est purement économique. Pour le comprendre, posons-nous les bonnes questions et dans l’ordre s’il vous plait.

D’où viennent ces joueurs ?

Lorsqu’on étudie les origines des joueurs français et donc de sélectionnés en équipe de France, un constat s’impose : une grande majorité est issue des classes pauvres. En effet, il est rare de voir un joueur dont les parents dirigent une grande entreprise ou occupent une fonction politique de premier rang. En réalité la plupart viennent des banlieues défavorisées, des cités qui bordent les grandes villes (Paris, Marseille, Lyon entre autres). Et quelle population vit principalement dans les cités ? Celle issue de l’immigration récente (quelques décennies). Alors en effet, si la majorité des joueurs viennent des cités et des banlieues pauvres, il y a de grandes chances qu’ils soient d’origine nord-africaine puisque les immigrés d’Afrique du Nord y sont nombreux. Si l’on est un homme politique, on peut stopper le raisonnement ici. En revanche, en tant qu’économiste, il nous faut nous interroger sur la raison de cette différence entre famille pauvre et famille aisée. Pourquoi les premières constituent le plus grand producteur de joueurs de football ?

L’argent facile !?

On pourrait répondre que « ce sentiment d’argent facilement gagné », « le pognon qui dégouline de ces gens » – pour citer Marine le Pen – qui incite les gens des quartiers défavorisés à se lancer dans le football. Mais ce serait oublier une chose essentielle : l’aventure du foot professionnelle est très risquée. Combien parviennent à devenir professionnels ? Combien de jeunes joueurs référencés à la Fédération Française de Football (plus de 2 millions) réussiront à devenir professionnel ? A dire vrai, un jeune au talent moyen qui se lance dans cette expérience a plus de chance de se retrouver au chômage une fois sortie du centre de formation (s’il est parvenu à y entrer) que de devenir un joueur médiocre de Ligue 1. Alors pourquoi essaye-t-il quand même ?

Le coût d’opportunité !

Le coût d’opportunité est le coût du renoncement à l’ensemble des autres gains possibles lorsqu’on prend une décision. Soyons plus clair. Dans notre cas du footballeur en herbe qui veut devenir professionnel, il va se demander à quoi il renonce en investissant tout son temps et ses efforts dans son rêve. Il fait un arbitrage entre gagner de l’argent avec un autre travail selon une certaine probabilité (le taux de chômage réduit la probabilité) et gagner énormément d’argent mais avec une probabilité presque nulle : celle de devenir professionnel ! A présent prenons deux enfants : Paul, issu d’une famille aisée, vivant au cœur de Paris et ayant à sa disposition un patrimoine suffisamment important pour mener les études qu’il désire. De l’autre côté, prenons Enzo, enfant issu d’une famille pauvre, vivant dans les quartiers nord de Marseille et n’ayant aucun patrimoine pour effectuer des études. Comment ces jeunes gens vont-ils envisagés l’avenir, sachant qu’ils seraient tous deux tentés de devenir footballeur professionnel.

Paul sait que la probabilité de devenir professionnel est faible alors qu’il peut facilement enchaîner les grandes écoles et les diplômes et donc obtenir avec une grande probabilité un poste à haut revenu. Pour lui, sacrifier ce gain presque certain pour avoir une chance infime de devenir professionnel représente un risque énorme et il choisira certainement de continuer ses études, faisant du football le loisir du week-end avec ces collègues de bureau. C’est cela le coût d’opportunité, le coût de renoncer à cette vie dans laquelle faire des études et trouver un travail est quasiment certain. Un coût d’opportunité énorme donc ! Qu’en est-il de Enzo ?

Pour Enzo, les choses sont différentes. Lui aussi est conscient de la difficulté de devenir professionnel. Mais lorsqu’il se demande si cela vaut la peine d’essayer, il compare avec ses autres perspectives d’avenir. De faibles chances d’obtenir un bon diplôme (faute d’argent, il lui faudra mener de front ses études et un petit job), un taux de chômage des jeunes issus de son milieu très élevés (principalement si l’ensemble des jeunes immigrés vit dans les mêmes quartiers et donc que leur discrimination est plus aisée) et une probabilité d’obtenir un poste à responsabilité et à haut revenu aussi faible, voir plus, que celle de devenir professionnel. En effet, combien y a-t-il de jeunes issus de l’immigration qui occupent des postes politiques importants ou dirigent une entreprise du CAC 40 aujourd’hui ?

Enzo va donc effectuer le même calcul que Paul mais les résultats seront très différents : puisqu’il a peu de chance de faire des études et de trouver un emploi intéressant, son coût d’opportunité est faible. En fait, lorsqu’il se demande si l’expérience du football professionnel vaut la peine, il constate qu’il a le choix entre devenir riche avec une très faible probabilité ou avoir un emploi peu rémunérateur avec une faible probabilité.

Enfin ! La voilà la raison de cette inégalité dans le football ! Il n’y a que des enfants d’immigrés disent certains. Et bien la raison est qu’il n’y a pas assez de chance pour eux de s’intégrer autrement. Plus il y a d’inégalités dans la société, plus il y aura d’enfants défavorisés dans le football professionnel et par extension en équipe de France. A la conclusion de Marine le Pen qui disait qu’elle n’aimait pas l’image du « football pour donner un espoir aux Français d’origine immigrée », nous préférons celle de Jamel Debbouze qui sans le savoir a parfaitement résumé la question du coût d’opportunité lorsqu’il a dit « T’as aucune chance, alors saisis-la ! ».

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Classé dans:Ce qu’on ne voit pas…, Infos éco, Un peu de méthode, , , , , , ,

One Response

  1. Copeau dit :

    Excellente démonstration. Bravo.

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