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Dette publique: il n’y a pas de honte à faire défaut de paiement

Athènes a choisi la solution la plus douloureuse qui épargne une faillite au pays

 

Il n’y a apparemment pas d’équivalent en français pour «haircut» au sens où l’entend Angela Merkel dans le contexte de la crise irlandaise. Ce mot suggère que les investisseurs renoncent à une partie de leurs créances. Pour avoir prêté des sommes aussi faramineuses – 844 milliards d’euros, soit cinq fois le produit intérieur brut du pays – elles sont, selon la chancelière allemande, coresponsables du drame irlandais.

Ses propos ont trouvé écho en Grèce, autre pays de la zone euro également écrasé par la dette. Le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, a déclaré vendredi qu’«une implication des investisseurs privés dans un mécanisme d’aide à des pays en difficulté aurait du sens».

Assurer la participation des banques au règlement de la crise de la dette implique un défaut de paiement et une négociation de nouvelles conditions de remboursement ou de rééchelonnement. Ce serait une solution pour de nombreux pays européens. Notamment la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, dont les emprunts dépassent les 100% du PIB alors que les critères de Maastricht fixent la limite à 60%. Pour ces pays et pour bien d’autres, faire un défaut de paiement ne serait pas un déshonneur. S’ils continuent à faire une question de fierté leur capacité à rembourser, pour sauver au passage la confiance dans l’euro, c’est l’entrée garantie dans un cercle vicieux dont il ne sera pas facile de sortir.

La Grèce a choisi de ne pas faire défaut. A chaque échéance, elle émet des obligations à des taux d’intérêt élevés qui font la joie des investisseurs en quête de rendement rapide. Résultat, le pays sera encore un peu plus enfoncé en 2011. Et ce n’est pas la sévère cure d’austérité (suppression d’emplois, montée du chômage, coupes sombres dans les dépenses publiques et gel des chantiers) imposée par le Fonds monétaire international (FMI) qui permettra à son économie de sortir de l’ornière. Ce n’est pas pour rien qu’une majorité d’économistes en Europe et aux Etats-Unis recommandent à la Grèce de faire défaut tant son niveau d’endettement est insoutenable. Selon eux, Athènes sera, tôt ou tard, amené à reconnaître cette réalité.

Athènes a choisi la solution la plus douloureuse, mais qui épargne les créanciers, principalement des banques françaises et allemandes. Celles-ci ont pourtant prêté des milliards sans vergogne et financé l’achat de matériel militaire fabriqué en France et en Allemagne.

Le cas irlandais n’est pas très différent. Ici, ce sont les banques britanniques, allemandes et françaises qui ont prêté des sommes astronomiques, faisant fi des règles élémentaires de gestion des risques. Le déficit budgétaire de l’Etat s’est déjà creusé de 12 à 32% à cause d’une aide de 50 milliards d’euros aux trois banques menacées de faillite. Puisque le problème n’est de loin pas résolu, Dublin s’apprête à emprunter encore entre 40 et 100 milliards d’euros auprès du Mécanisme européen de stabilisation et du FMI. L’opération de sauvetage sera probablement conclue ces prochains jours, avec à la clé un programme d’austérité qui sera imposé à la population.

A moins que ce soit une déclaration à but électoral, Angela Mer kel n’a pas tort lorsqu’elle demande que les banques assument leur part de responsabilité dans le drame irlandais.

Si la Grèce, l’Irlande ou d’autres pays européens venaient à faire défaut, ce ne serait pas une première. Confronté à une situation identique, l’Islande s’est montré réaliste et a obtenu un rééchelonnement en décembre 2008.

L’an dernier, le nouveau pouvoir en Equateur a institué une commission internationale pour auditer la dette du pays. Celle-ci a constaté que de nombreux prêts avaient été accordés sans respecter les règles établies. L’Etat a alors suspendu le remboursement. Après un bras de fer avec les banquiers américains, ce petit pays d’Amérique du Sud a racheté pour un milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards.

En 2001, c’est l’Argentine qui avait refusé de rembourser les banquiers qui avaient financé des achats d’armes. Après plusieurs années de bras de fer, ces derniers avaient fini par accepter un «haircut» de 45% de leurs créances. Sans passer par le FMI.

 

Source : Le Temps

 

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