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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Money Week : le nouveau scandale financier

« Vous avez entendu parler du dernier scandale qui vient de tomber ? », m’a demandé Simone Wapler vendredi dernier en déboulant dans mon bureau. « C’est le ‘Foreclosure Gate’… et c’est tout simplement incroyable ! ».

Renseignements pris, effectivement, ce nouveau scandale a tout d’une bombe capable de souffler les marchés.

Ce qui est en train de se passer aujourd’hui aux Etats-Unis est un choc si puissant que le fragile équilibre économique si chèrement construit par la Fed au cours de ces derniers mois pourrait ne pas y résister. Bernanke promettait de nouvelles mesures en cas d’aggravation de la situation : nous y sommes.

Plongeons dans les méandres de l’administration américaine et dans les fosses sceptiques des grandes banques.

Qu’est-ce que le Foreclosure Gate ?
Pour résumer très rapidement ce Foreclosure Gate – scandale des saisies – de très nombreuses procédures de saisies immobilières aux Etats-Unis viennent de s’avérer complètement illégales. Cela peut sembler peu de chose au départ. Un épiphénomène qui ne concerne pas le reste de l’économie américaine, et encore moins le reste du monde. Mais vous vous rappelez la dernière fois qu’on a entendu parler d’un petit problème prétendument « local » sur le marché immobilier américain ? Oui, les fameux subprime

Le Foreclosure Gate = 700 milliards de dollars de pertes supplémentaires possibles + 750 milliards de dollars de dommages et intérêts + 60 milliards de dollars d’arriérés de taxe
Que se passe-t-il cette fois ? Eh bien une sombre histoire d’hypothèques, de titrisation et de saisies indues. Pour saisir un bien, et entamer la fameuse foreclosure, il faut une créance et une hypothèque.

Les crédits subprime avaient été accordés à tort et à travers. Entre 2004 et 2007, la folie s’est emparée du marché immobilier américain. Vous avez de ressources plus que limitées ? Vous êtes obligé d’accumuler trois petits boulots pour boucler vos fins de mois ? Qu’importe, on vous fait miroiter une jolie maison préfabriquée qui deviendra votre home sweet home. En deux temps trois mouvements, vous voilà propriétaire du rêve de votre vie. Des millions de prêts hypothécaires sont accordés… et les banques ne sont vraiment pas regardantes.

Puis vient la crise. Les saisies se sont multipliées. Et les équipes des établissements prêteurs étant débordées, certaines procédures de saisies ont même été entamées à tort. Les gens se sont défendus comme des beaux diables, ont pris des avocats. C’est ce que vous feriez, à leur place.

Et les avocats ont soulevé un lièvre, un énorme, colossal, lièvre à 700 milliards de dollars.

Que s’est-il passé ? De la titrisation –il faut dire qu’elle est de tous les mauvais coups. Les prêteurs voulaient pouvoir faire de jolis petits paquets avec les créances pour former des MBS (Mortgage Backed Securities), vous vous souvenez ? Il s’agissait, bien sûr de répartir les risques … Les banquiers se sont fait beaucoup d’argent avec ces produits financiers vendus pour « sûrs » puisqu’ils reposaient sur du concret, des biens immobiliers bien réels.

Pour faciliter cette titrisation, la finance a eu recours à un artifice… qui serait illégal.

L’enregistrement d’hypothèque coûte cher en procédures. Surtout si vous multipliez les transferts de votre hypothèque en l’incluant dans des produits titrisés.

Donc, les grandes banques et les deux principaux organismes de prêts hypothécaires, les inénarrables Freddie Mac et Fannie Mae, ont décidé de créer (en 1997) un organisme leur permettant de s’éviter de longues et coûteuses procédures d’enregistrement.
MERS, un système informatisé permettant l’enregistrement des achats et des ventes d’hypothèques – et de sérieuses économies de frais d’enregistrement était né.

2008, les subprime sonnent le glas de la folie immobilière. Le nombre de procédure de saisies explose littéralement. Les foreclosure sont signées à tour de bras… tant et si bien que le Wall Street Journal révèle que des employés de GMAC Home Mortgage et de la banque JPMorgan ont admis dans leur témoignage avoir chacun signé 10 000 documents par mois. Tout cela sans véritable contrôle et surtout sans aucun respect des règles fixées pour les saisies hypothécaires.

Scandale numéro 1 : les saisies illégales
L’affaire devient alors vraiment nauséabonde… et complexe.

1. Les procédures enregistrées par le système MERS ont été jugées illégales, ou du moins non recevables devant un tribunal, et incomplètes. Des millions de prêts peuvent donc être invalidés.

2. Avec l’informatisation des actes de ventes/achats, de nombreux documents ont été perdus. Les banques ne s’avèrent plus capables de prouver qu’elles détiennent bien une hypothèque. Les imbroglios se multiplient : certains propriétaires se sont retrouvés face aux envoyés de deux banques différentes venus saisir le même bien, chaque banque prétendant, preuves à l’appui, détenir l’hypothèque.

3. Pour remédier aux problèmes de pertes de documents, de nombreuses banques, assistées par des avocats à la morale plus que douteuse, ont produits de toute pièce de faux documents d’hypothèque.

4. Et pour couronner le tout, MERS s’est estimé compétent pour décider lui-même des saisies. Or, il n’est qu’un organisme intermédiaire entre les banques qui détenaient réellement l’hypothèque.

Rien que pour septembre, 350 000 biens ont été saisis aux Etats-Unis. Des milliers d’Américains pourraient dans les jours qui viennent se regrouper pour attaquer les banques responsables de ce scandale. Motif : escroquerie (fraud).

Conclusion, c’est la grande panique aux Etats-Unis. Les saisies effectuées sont-elles légales ? Les nouveaux propriétaires – ceux qui ont achetés un bien saisi – sont-ils légitimes ou le bien appartient-ils aux anciens propriétaires saisis ? Vous imaginez l’imbroglio… et les poursuites judiciaires qui se préparent.

Le gouvernement américain vient de décider de suspendre toutes les saisies en cours pour essayer d’y voir plus clair.

Si les propriétaires gagnent, les banques pourraient être lourdement condamnées. On parle déjà de 750 milliards de dollars. Eh oui, l’escroquerie, c’est du pénal et les sanctions sont lourdes. Ce qui risque de mettre certaines banques au bord de la faillite. Le gouvernement américain et surtout les contribuables accepteront-ils encore une fois de payer pour sauver les banques des conséquences de leur avidité et de leur malhonnêteté ?

Car ce n’est pas tout.

Scandale numéro 2 : la fraude aux taxes
En créant le MERS, les banques ont mis en place un système leur permettant de ne pas s’acquitter des taxes dues – en général aux Etats, ou aux municipalités – à chaque enregistrement de prêts ou à chaque modification.

Ainsi, le MERS devrait entre 60 à 120 milliards de dollars rien qu’à l’Etat de Californie pour rembourser les taxes d’enregistrement non perçues. Qui va payer ?

Scandale numéro 3 : la fraude aux MBS
Si les banques ont créé le MERS, avec son système très léger d’enregistrement des prêts hypothécaires, c’est surtout pour dissimuler ce qui se cache réellement derrière les attractifs MBS. Pour dissimuler que de trop nombreux prêts avaient été attribués à des familles qui auraient du mal à rembourser : bref, que les MBS reposaient sur des crédits même pas subprime mais tout simplement poubelle. C’est ce que le langage marketing de la finance appelait la « répartition du risque ».

Le scandale actuel résulterait donc en grande partie de la volonté des banques de cacher aux yeux des autres banques leurs vilains petits secrets et leurs crédits douteux…

D’après certaines premières estimations, près de 30% des MBS pourraient être frauduleux.

Et là, même une intervention du gouvernement ne pourra rien faire.

Quelles conséquences pour nous ?
Si les banques sont jugées coupables et doivent rembourser ou verser des intérêts soit aux propriétaires floués, soit aux Etats qui n’ont pas reçu les taxes d’enregistrement, soit aux banques qui ont acheté des MBS frauduleux, soit aux assureurs qui ont assurés ces MBS, elles risquent la faillite.

Une vague de faillite en série mettrait à mal l’économie, comme l’avaient fait lessubprime.

D’un autre côté, le Foreclosure Gate pourrait être l’élément déclencheur persuadant la Fed de lancer son quantitative easing 2. Les marchés ont déjà peut-être anticipé ce nouvel afflux de liquidités. Le Dow Jones n’a perdu que -0,29% vendredi dernier. L’argent va rester gratuit pour très très longtemps et les marchés s’en frottent les mains, prouvant une fois de plus leur désintérêt pour l’économie réelle.

A la clôture de vendredi soir, Bank of America cédait 5,82% et l’indice KBW des bancaires américaines reculait de 2,63%.

Par Cécile Chevret,

 

Source : Money Week

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Professeur Chesney : Enseignement de la finance

La convulsion du système bancaire et financier a révélé des comportements inquiétants, comme l’affaire Kerviel. Or, le monde académique n’en a pas véritablement tenu compte. Pourtant, le problème du cynisme et la question de la responsabilité face à ses actes devraient être traités.

Cette question est pertinente, puisque les leçons de la crise actuelle n’ont que très marginalement été tirées par la théorie financière et qu’en conséquence l’enseignement de la finance à l’université n’a pas vraiment été modifié. Or cette absence de réaction pose un véritable problème. L’université, à qui échoit la responsabilité de la formation des futures élites, se devrait, de par son caractère public, de réfléchir aux failles de la théorie financière ayant contribué à l’apparition de la crise, à l’utilisation qui est faite des connaissances qu’elle dispense ainsi qu’au comportement de ses diplômés. Deux exemples illustrent les problèmes qui peuvent apparaître à ce niveau. Le premier a trait à M. Kerviel, le trader qui a fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale en 2007 et qui vient d’être condamné par la justice. Il a déclaré entre autres: «Dans une salle de marchés, le modus operandi idéal tient en une phrase: savoir prendre le maximum de risques pour faire gagner à la banque le maximum d’argent. Au nom d’une telle règle, les principes les plus élémentaires de prudence ne pèsent pas lourd. Au sein de la grande orgie bancaire, les traders ont donc juste droit à la même considération que n’importe quelle prostituée de base: la reconnaissance rapide que la recette du jour a été bonne.»

Le second exemple concerne M. Tourre, le centralien diplômé de Standford qui dès l’âge de 22 ans fut recruté par Goldman Sachs. Certains de ses courriels servent de pièces à conviction à la SEC qui accuse cette banque de s’être enrichie aux dépens de ses clients. Voici un extrait de sa prose: «De plus en plus d’effet de levier dans le système. L’édifice tout entier peut s’effondrer à chaque instant. Quand je pense que c’est un peu moi qui ai participé à la création de ce produit…, le genre de truc que tu inventes en te disant: et si on créait un machin qui ne sert absolument à rien, qui est complètement conceptuel et hautement théorique et que personne ne sait pricer, ça fait mal au cœur de voir que ça implose en vol. C’est un peu comme Frankenstein qui se retourne contre son inventeur.»

Que retirer de ces déclarations atterrantes? Qu’elles ne proviendraient que d’individus isolés et que la formation dispensée ne serait donc pas vraiment concernée. L’argumentation ne serait pas convaincante. Il conviendrait plutôt de remarquer que si la justice n’a mis en évidence que quelques cas, rien n’exclut que cet état d’esprit ne se soit généralisé et ce d’autant plus que rien de sérieux n’est entrepris pour lutter contre ces pratiques, au sein des formations de référence en finance. Le monde académique ne saurait ignorer ce problème. Il a la responsabilité de le traiter à la source et ne peut se contenter d’une attitude de fierté quant au placement de ses étudiants dans les institutions financières réputées.

De telles déclarations sont pitoyables. S’il s’avérait que l’état d’esprit qu’elles expriment est généralisé, il pourrait s’agir d’une faillite tant morale que scientifique du système de formation académique en finance. La faillite scientifique serait liée au caractère irréaliste de certains paradigmes classiques sur lesquels reposent encore, malgré la crise, de nombreux modèles. Ces paradigmes seraient en contradiction avec le fonctionnement des marchés financiers et les conséquences de l’innovation financière. Leurs caractéristiques les plus problématiques pourraient se décliner de la manière suivante.

– Les principaux marchés financiers seraient censés être transparents, liquides, efficients. Or aux moments cruciaux de la crise, ils se sont révélés opaques, asséchés et inaptes à transmettre des informations pertinentes. Comme le fait remarquer M. Tourre, il n’était pas vraiment possible d’évaluer le produit financier qu’il a contribué à créer. C’était en particulier ses caractéristiques complexes et opaques qui en étaient la cause. Lorsque la création de valeur, associée aux nouveaux produits financiers, est liée à ces caractéristiques, plutôt qu’à la transparence, alors l’hypothèse d’efficience des marchés est malmenée et l’innovation financière est susceptible de générer un risque systémique qui sera assumé par l’ensemble de la société.

– L’innovation financière serait un élément clé de la croissance économique et son impact en termes de risque systémique serait négligeable (pour ne pas dire négligé par la théorie financière). Ce qui est ainsi oblitéré, c’est d’une part que les produits financiers toxiques, à l’origine de la crise, résultent précisément de cette innovation, ce qui devrait inciter à la contrôler et d’autre part que si le volume de produits innovants devient trop important, par exemple dans le cas des CDS incriminés pendant la crise, ils peuvent avoir un impact sur le risque qu’ils sont censés couvrir et donc sur celui qu’ils sont susceptibles de générer. Le produit devant couvrir un risque de faillite, peut l’accentuer, à partir d’un certain volume de transactions.

Quant à la faillite morale, la plus désastreuse, elle serait évidente. La finance, y compris quantitative, n’est pas une matière uniquement technique. Le problème du cynisme et la question de la responsabilité face à ses actes, devraient être traités en amont, au sein des cursus universitaires. Comment? Tout d’abord en reconnaissant que ce sont des problèmes et non pas en le niant. Par ailleurs, en comprenant que les aspects moraux sont liés à des dimensions scientifiques.

Ainsi, ces questions épineuses devraient être introduites au sein des cours qui forment l’ossature d’un cursus. Par exemple, un cours traitant des produits dérivés ne devrait pas se limiter à leur description, évaluation et couverture. Il devrait aussi traiter de questions concrètes concernant l’attitude de certains traders, comme M. Kerviel, de manière à mener avec les étudiants une réflexion sur les causes de ces comportements. Il serait aussi nécessaire que ceux-ci réfléchissent à ce que devrait faire un trader s’il se sent incité par sa hiérarchie à prendre des risques inconsidérés et sur les conséquences qu’un tel comportement pourrait avoir, s’il était généralisé, en termes de risque systémique et de croissance économique.

Ainsi, c’est en montrant aux étudiants que les questions éthiques sont intimement liées à la théorie financière et en impliquant les professeurs de finance, au lieu de se contenter de les «sous-traiter» à un éthicien, qu’on leur donne plus de valeur et que l’intérêt des étudiants est susceptible d’être suscité.

Ces questions tant morales que scientifiques sont essentielles et doivent donc être traitées avec la plus grande attention, à moins de se satisfaire d’une situation où il n’y aurait «plus aucune espèce de conscience, sauf, si l’on peut s’exprimer ainsi, la conscience de l’opinion publique et celle du code pénal», comme l’a écrit Léon Tolstoï dans «La sonate à Kreutzer».

 

Source : Le Temps

 

 

 

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Lecture délibérément polémique d’un tract de l’UNEF

Une fois n’est pas coutume, nous ne parlerons pas d’économie. Il est souvent dur de se concentrer sur un unique sujet, de taire tout ce que l’on voudrait dire sur le reste, sur ce qu’on ne connaît pas suffisamment pour s’estimer « spécialiste » capable de fournir une expertise cohérente. Pourtant c’est ce que fait l’UNEF dans le tract que nous avons reçu aujourd’hui. Alors pour une fois, aventurons-nous à les lire en détails, même si ce n’est pas vraiment de l’économie, quoi que…

Un tract qui commence par annoncer une précarité indépassable pour les jeunes, on se dit tout de suite qu’il va falloir que ce soit bien argumenté ou très drôle… Mauvaise surprise.

« La réforme portée par le gouvernement remet en cause le principe de solidarité entre générations. » Vraiment? Ce sont bien les jeunes qui vont payer les retraites des plus vieux, solidaires donc.

« Nous refusons de devoir économiser pour nos vieux jours dans des fonds de pensions qui peuvent être ruinés du jour au lendemain ». Ces mêmes geignards ont-ils oublié qui financent notre dette en ce moment? Québec, Canada notamment… Ces mêmes pays qui n’ont pas de problèmes de retraites et pour cause, ils maîtrisent leur déficit d’une part (condition sine qua none, mais ce n’est pas là le point de l’UNEF) mais surtout, ils placent les cotisations dans devinez-quoi… des fonds de pensions, histoire que le montant grandissent et ce n’a pas l’air de les ruiner puisqu’ils sont nos créanciers aujourd’hui!

« Notre génération aspire à bénéficier des mêmes droits que nos aînés »(sic!) Evidemment, tout le monde voudrait vivre à DisneyLand! Le problème chers manifestants, c’est que le système de nos aînés ne marche pas, il est même voué à l’échec parce-que derrière le terme de solidarité inter-générationnelle se cache une arnaque à la Madoff à l’échelle nationale, une pyramide digne de Ponzi! Pour rémunérer le haut de la pyramide (nos aînés), il faut une base toujours plus grande et qui, à terme, cotise plus… Belle idée de vouloir conserver ce que vous critiquez dans le monde de la finance et de ses « dérives capitalistes »…

« La réforme aura pour conséquence de nous maintenir plus longtemps au chômage en début de carrière ». Vraiment? Il semble pourtant que la raison d’un accroissement de la durée du chômage soit liée avant tout à la conjoncture, puis à la législation sur le travail d’après les prix Nobel d’économie 2010. Si les patrons n’embauchent pas ou vous imposent « des premiers emplois précaires » c’est surtout parce qu’ils ne prendront pas le risque de vous engager étant donné la difficulté de vous licencier si vous ne faites pas l’affaire, sans parler des cotisations patronale et salariale que paie l’entreprise in fine. Décidément, encore une illustration de l’inculture économiques des rédacteurs de ces tracts.

Et enfin, pour la plaisir, la plus belle. Celle qui représente totalement l’incapacité de ces gens à comprendre le monde qui les entoure et surtout la chance qu’ils ont d’y vivre : « Pour les jeunes, c’est 1 million d’emploi qui ne seront pas libérés sur le marché du travail » Oh oui! se dit-on intérieurement, comme l’aboutissement d’un moment incertain; comme lorsqu’on écoute quelqu’un s’enliser peu à peu jusqu’à ce que finalement il se disqualifie totalement! La voilà l’erreur, d’aucun dirons la connerie qui discrédite définitivement leur action. Pardonnez leur Adam Smith, Bastiat, Ricardo, Say et vous tous qui avez eu ne serait-ce qu’une heure de cours d’économie au lycée, pardonnez leur, ils ne savaient pas. Parce que la faute est grave: l’économie c’est un jeu à somme positive dans lequel l’ensemble des actions individuelles créé plus de richesses que la somme de ces actions, c’est ce qu’on appelle la croissance. Chaque personne employée permet de produire plus de richesses et entraîne donc un nouveau flux de revenu qui donne une nouvelle opportunité à une autre entreprise quelque part d’embaucher encore pour profiter de ce flux nouveau. Ainsi plus il y a de « séniors » expérimentés et productifs, plus il y aura d’emplois pour les jeunes. Elémentaires penserons les plus sages, encore fallait-il le rappeler à ces messieurs de l’UNEF…

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E. Garessus: Une foudroyante attaque contre le principal atout de la Suisse

L’initiative fiscale du PS ne contribue pour sa part qu’à augmenter les impôts, anéantir les fondements institutionnels du pays. C’est même une menace pour la liberté.

La Suisse traverse la crise mieux que d’autres, en termes d’emplois comme de PIB. C’est l’économie la plus compétitive au monde. Mais sa richesse peut s’envoler si l’on touche à son principal avantage concurrentiel. «Il est démontré que le premier atout de la Suisse réside dans la capacité d’un pays relativement petit à apprendre et à expérimenter», selon Robert Nef (1). Cet apprentissage n’est possible que si le pays peut comparer ses solutions aux autres. C’est pourquoi notre réussite dépend de la multiplicité des expériences réalisées dans les cantons et communes, ces laboratoires d’idées, de la capacité à copier les bonnes mesures et ignorer celles qui ne fonctionnent pas. L’initiative socialiste «pour des impôts enfin équitables» et «contre les abus de la concurrence fiscale» entre les cantons, qui sera soumise au peuple le 28 novembre, anéantit le premier atout du pays, le pilier majeur du succès helvétique et de ses institutions.

La crise a mis à nu notre statut de nain politique sur la scène internationale. La Suisse a souffert de l’environnement protectionniste. Elle a dû compenser son poids politique insignifiant par sa compétitivité économique. «Les petits pays sont davantage disposés à apprendre non parce qu’ils sont plus intelligents ou plus assidus, mais parce qu’ils ont moins de pouvoir et doivent en permanence s’adapter aux changements», poursuit Robert Nef. A l’inverse «le pouvoir politique est un état qui permet aux plus puissants de ne pas devoir apprendre», selon Karl W. Deutsch.

L’initiative fiscale du Parti socialiste s’attaque précisément à cette concurrence des idées, des modèles et des propositions. Elle ferait avancer le socialisme mais reculer la compétitivité de la Suisse. Le danger est grand parce qu’elle joue sur un réel malaise à l’égard des bonus exorbitants des dirigeants les plus détestés, les Ospel et autres Kurrer. Elle fait croire que seul un tout petit nombre de cantons et 1% des revenus seraient touchés, les plus de 250 000 francs. Elle cible le soi-disant «tourisme fiscal des multimillionnaires», «les privilèges», la «sous-enchère». A croire que la Constitution suisse a été écrite par des ultra-libéraux ou à la sortie d’une «Tea Party». Difficile d’être plus populiste!

L’ensemble du barème fiscal serait touché et pas uniquement les revenus supérieurs à 250 000 francs. Un exemple: A Wollerau, commune fiscalement très attractive, un contribuable qui gagne 250 000 francs paie aujourd’hui un impôt sur le revenu de 9%. En cas d’acceptation, le taux passerait à 22%. Mais on ne peut pas taxer à 9% un revenu de 249 999 francs et à 22% celui de 250 000 francs. Le fossé est trop brutal. L’acceptation par le peuple modifierait le barème de toute la classe moyenne. Non seulement les cantons les plus fiscalement attractifs, mais absolument tous les cantons du pays verraient leur souveraineté fiscale entamée. Certains cantons en bonne santé recevraient davantage d’argent que nécessaire et seraient incités à les dépenser dans des tâches superflues. Il en serait terminé de la retenue fiscale helvétique et de la responsabilité fiscale des cantons. Les recettes tartuffières de la cuisine socialiste se concluent une fois encore par une perte de pouvoir d’achat pour la classe moyenne.

Pour faire passer une idée qui s’oppose à l’essence même de la Suisse, il faut multiplier les tours de passe-passe, agiter les pires épouvantails et ressortir les clichés de la lutte des classes.

Plutôt que d’installer les radars socialistes sur les autoroutes de l’uniformisation fiscale, mieux vaudrait étudier des pistes de réforme novatrices. Reiner Eichenberger, professeur à l’Université de Fribourg, propose par exemple que les pendulaires soient en partie taxés sur leur lieu de travail. L’idée (2) ne consiste pas à «taxer la mobilité», mais à accompagner une évolution spontanée de la société. L’impôt dont s’acquitterait le pendulaire s’accompagnerait de l’attribution des droits politiques dans la commune de travail. Cette proposition renforcerait la marge de manœuvre financière des centres économiques et les inciterait à améliorer leurs services et infrastructures pour les pendulaires.

La démocratie directe et le fédéralisme doivent être renforcés et non pas combattus. Les cantons, plus proches des citoyens, sont mieux gérés que la Confédération. Or le référendum financier n’est possible dans certains cantons romands que pour les plus lourdes dépenses publiques.

Une autre idée, qui fonctionne dans les communes, mérite d’être encouragée à un autre niveau, celle des comités de gestion. Mark Schelker et Reiner Eichenberger (2) ont par exemple montré que l’existence de ces comités indépendants et démocratiquement élus a freiné la hausse des dépenses et des impôts dans les communes. Pourquoi ne pas élargir l’expérience aux grandes communes, aux cantons et à la Confédération?

L’initiative socialiste s’attaque enfin directement à la liberté individuelle. Le principe majoritaire (une personne, un vote) est parfaitement honorable. Comme le défendait Zaccaria Giacometti, professeur de droit de l’Université de Zurich (3), la liberté qui n’est pas portée par la majorité n’est pas durable. Mais ce principe ne devrait pas être employé pour des questions de redistribution, ainsi que l’a expliqué Friedrich Hayek. L’initiative du PS s’inscrit précisément dans ce cadre en imposant une répartition des revenus à 1% des citoyens. En combattant l’autonomie fiscale cantonale, les sirènes hygiénistes du PS utilisent le principe majoritaire pour faire taire toute dissidence créative. L’initiative fiscale du PS n’est pas seulement un programme de hausse d’impôts.

(1) Schweizer Monatshefte,
octobre 2009 et octobre 2010.

(2) Mark Schelker & Reiner Eichenberger, 2008. CREMA Working Paper Series 2008-06.

(3) Das Merheitsprinzip und
die Freiheit, Robert Nef, Schweizer Monatshefte, octobre 2008.

 

 

 

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Prix Nobel d’Economie: la victoire du bon sens

Les trois lauréats du Nobel d’Economie ont été récompensés pour leurs travaux sur les frictions des marchés, et notamment du marché du travail. Très simplement, leurs recherches démontrent qu’un salaire minimum (prix plancher) tend à allonger la durée moyenne de chômage et à augmenter le nombre de chômeurs (et ils observent le même phénomène sur le marché de l’immobilier). Cela répond au « paradoxe » des marchés du travail : le nombre de chômeurs est important et les entreprises se plaignent d’une pénurie de main d’œuvre dans le même temps…

 

Paradoxe… en réalité, ce n’est absolument pas un paradoxe et le bon sens nous donnait déjà l’intuition de leur découverte : les entreprises embauchent si les salariés potentiels leur rapportent plus que ce qu’ils leur coûtent. Si le salaire minimum augmente, du fait de la réglementation publique, le coût du travail augmente. Dès lors, si le salarié n’est pas suffisamment productif, il n’est plus rentable pour l’entreprise de l’embaucher, il représente une charge nette. Ainsi, les chefs d’entreprises renâcleront à embaucher et si le licenciement est rendu plus coûteux par le droit du travail, le phénomène empire. Alors évidemment, le nombre de chômeurs augmente…  Et quelle catégorie de chômeurs en souffre en premier ? Les non qualifiés et les jeunes entrants sur le marché évidemment, puisqu’ils représentent une faible productivité pour les premiers et un risque pour les seconds ! C’est donc bien ceux que la loi visait à protéger qui sont punis. Smart isn’t it ?

 

Pourtant, quelque chose me surprend et me laisse perplexe face à la nomination de ces nouveaux Nobels… Certes, ils ont démontré, approfondi, généralisé l’explication donné au paragraphe précédent, mais quand même. Bastiat avait déjà expliqué cela, il y a bien longtemps, et nous sommes nombreux à présenter cet exemple précis des effets pervers des politiques sociales sur le marché du travail à nos étudiants. Alors que penser ? Que le jury du Nobel découvre ces idées ? Peut-être ont-ils jugé opportun de rappeler ces phénomènes simples mais omniprésents dans une période de fièvre régulatrice…

Finalement qu’importe, l’essentiel est le message, gravé dans le marbre en cette année 2010 qui a vu le monde réclamer l’aide des Etats : l’intervention des gouvernements, si louable soit-elle porte toujours en elle des effets secondaires que ni le marché ni les hommes politiques ne pourront soigner…

 

Comme l’écrivait Bruno Léoni, « l’économie n’est pas un gadget que l’on peut changer à sa guise ».

 

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Info Eco: Prix Nobel d’économie 2010

Le Nobel d’économie attribué à trois spécialistes du marché du travail

 

Pourquoi y a-t-il en même temps des chômeurs et des places de travail inoccupées? Comment favoriser l’emploi? Ce sont leurs travaux sur les lois de l’offre et la demande des marchés, notamment celui du travail, qui ont valu le prix Nobel d’économie 2010 aux Américains Peter Diamond et Dale Mortensen ainsi qu’au Britannico-chypriote Christopher Pissarides.

Le trio qui vient d’être distingué a amélioré l’analyse des marchés où l’offre et la demande peinent à se rencontrer, principalement sur le marché du travail. Les Américains Peter Diamond, 70 ans, Dale Mortensen, 71 ans, ainsi que Christopher Pissarides, un chercheur de 62 ans né à Chypre, sont récompensés pour «leur analyse des marchés et des frictions» entravant la rencontre entre offreurs et demandeurs.

Leurs travaux démontrent par exemple que «plus les allocations chômage sont importantes, plus le taux de chômage est élevé et la durée de recherche est longue», selon le comité Nobel.

«Pourquoi y a-t-il autant de gens sans travail alors qu’au même moment il y a de nombreuses offres d’emplois? Comment la politique économique influence-t-elle le chômage? Les lauréats de cette année ont développé une théorie qui peut être utilisée pour répondre à ces questions», souligne-t-il.

La théorie économique classique part du principe que le prix est le facteur d’ajustement entre l’offre et la demande qui sont censées se rencontrer instantanément et sans aucune difficulté. Mais, constate le comité Nobel, «cela n’arrive pas dans la vraie vie».

L’analyse classique imparfaite
Les trois lauréats, dans leur théorie baptisée DMP (pour Diamond, Mortensen, Pissarides), ont relevé que cette analyse classique souffrait d’imperfections. Ils soulignent notamment que la rencontre entre l’offre et la demande est parfois longue et coûteuse, qu’un niveau élevé d’allocations peut accroître le chômage, qu’un employeur, malgré des besoins, renâcle à embaucher parce qu’il craint des coûts imprévus, explique le comité.

Peter Diamond, professeur au célèbre MIT (Institut de Technologie du Massachusetts), près de Boston, est salué pour avoir analysé dès 1971 «les bases de fonctionnement de tels marchés» rigides. Il montre que les vendeurs ajustent leurs prix en prenant en compte les difficultés des acheteurs dans leurs recherches.

Dale Mortensen, professeur à la Northwestern University dans l’Illinois, et Christopher Pissarides, qui enseigne à la prestigieuse London School of Economics (LSE), «ont développé la théorie et l’ont adaptée au marché du travail», précise le comité.

Mais leurs recherches, développées dans les années 70 et 80, ne s’arrêtent pas à l’emploi et trouvent aussi des illustrations dans d’autres branches, comme l’immobilier.

Théorie monétaire
Elles permettent de mieux comprendre «pourquoi le nombre de logements en vente, la durée nécessaire à trouver un acheteur et le temps pour que les parties se mettent d’accord sur le prix varient selon les périodes», souligne le comité Nobel.

La théorie monétaire, l’économie publique ou financière ou encore l’économie de la famille, ont également profité de leurs apports.

La récompense de lundi conforte encore la domination des Américains sur la discipline, avec désormais 46 lauréats sur 87 en Economie. Il faut remonter à 1999 pour voir un Nobel économique vierge de bannière étoilée.

Chypriote de naissance, M. Pissarides a également la nationalité britannique depuis 1974. «J’ai eu une réaction de surprise et de bonheur», a dit le natif de Nicosie par téléphone lors d’une conférence de presse suivant l’annonce des prix. «On croit que cela ne peut pas vous arriver jusqu’au moment où cela vous arrive pour de vrai».

Officiellement dénommé «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel», le Nobel d’économie, le seul non prévu dans le testament du philanthrope suédois, est décerné depuis 1969.

Financé par la banque centrale suédoise, il fonctionne néanmoins comme les autres prix avec un comité et une dotation de 10 millions de couronnes (1,1 million d’euros) pour le ou les lauréats.

 

Source: Le Temps

 

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La Tribune: histoire du critère des 3% de déficit…

Guy Abeille était chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l’ère Mitterrand. Il révèle pour La Tribune comment est né, en France et non en Allemagne, le sacro-saint ratio de 3% du PIB pour les déficits publics. A l’origine, il s’agissait d’imposer la rigueur aux ministres socialistes. Puis cette référence cardinale a fait école, bien qu’elle fut dépourvue du moindre sens économique.

 

Par les temps qui courent, les attentions sont focalisées sur les déficits publics. Il vous intéressera peut-être de savoir quelle est la toute origine du seuil de 3% de déficit public rapporté au PIB – référence devenue cardinale, et critère retenu par le traité de Maastricht.

Je suis un ancien chargé de mission (agent non titulaire de l’Etat : non pas fonctionnaire donc, mais mercenaire) du Ministère des Finances, où, jeune diplômé de l’ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique), je fus en fonction d’octobre 1977 à juin 1982, à la Direction du Budget, 1ère sous-direction (celle des synthèses, les autres étant spécialisées par ministères : justice, armée, etc…).

J’y fus chargé de suivre, analyser et commenter au mois le mois l’exécution du budget de l’Etat, et de fournir tout au long de l’année, et de façon de plus en plus pressante quand approchait la fin de l’exercice budgétaire, la prévision de son solde d’exécution – en l’espèce, de son déficit. Cette mission se concrétisant par la rédaction d’une « note au ministre » mensuelle, révisée et visée par mon chef de bureau et mon sous-directeur (ainsi va l’Administration), puis signée du Directeur du Budget après entrevue avec lui, et adressée au Ministre; de là filant aux cabinets de Matignon et de l’Elysée.

Et en fin d’exercice, nous recevions mandat, selon la météo électorale – c’est à dire explicitement selon l’horizon des plus proches élections -, de jouer des marges de liberté que pouvaient nous ménager quelques zones de flou de la comptabilité publique pour améliorer (ou dégrader si les élections étaient à deux ans) le résultat qui serait pour finir gouvernementalement publié, transbordant donc d’un exercice à l’autre l’impedimentum de telles ou telles recettes ou dépenses miraculeusement devenues migratoires. En réalité, en ces temps rivoliens (dont je n’imagine pas qu’ils ne fussent également révolus…) c’était moi, et moi seul, qui, entre décembre et février (le mastodonte budgétaire, en certains de ses organes, s’étale de deux mois sur l’année suivante), étais officieusement chargé de faire preuve d’inventivité, de sagacité, et de doigté (cela va sans dire), pour établir la liste chiffrée, et manuscrite (rien ne serait imprimé), de ce qu’il était possible de faire; ou de faire encore, car d’année en année nous finissions – moi, et ceux qui d’un goupillon cardinalice, hiérarchique et discret bénissaient mes trouvailles – par griller nos successives cartouches, ne pouvant revenir impunément sur une règle que nous avions nous même hautement, et bruyamment hélas, proclamée l’année précédente parce qu’elle arrangeait la présentation comptable voulue cette année-là par nos ministres. Cela sans autre soutien, on l’aura compris, que l’approbation – orale – donnée par mes autorités (habituellement le mistigri était lestement repassé jusqu’au cabinet du Ministre), et en prenant garde de ne pas faire trop monter le rythme des hoquets ni d’exagérer le niveau des remontrances qui ne manqueraient pas d’être, hoquets et remontrances, émis par la Cour des Comptes – mais deux années plus tard, en fait, au moment de la loi dite de règlement, à laquelle, au vrai, plus personne n’accorderait intérêt. Durant deux mois, ainsi, tout allait son train par téléphone et additions, ou soustractions, sur de petits papiers; et début mars le rutilant résultat bugétaire était porté sur les fonts médiatiques (cela, il faut bien le reconnaître, mais telle est l’incurable myopie politico-technocratique, dans l’indifférence colossale éprouvée par l’électeur de base, pour la financière édification duquel pourtant toutes ces habiletés avaient été tissées).

 

 

L’entrée en déficits

 

J’en viens au seuil magique – pour un peu, chamanique – du déficit à 3% du PIB.

Le premier choc pétrolier se produit à l’automne 1973: quadruplement du prix – la bombe la plus nocive de la guerre du Kippour est celle qui frappe l’économie mondiale. Exit les Trente Glorieuses.

La crainte première est celle du déséquilibre extérieur et de l’inflation: Giscard d’Estaing, tout nouveau Président, y répond par le « plan de refroidissement » Fourcade. Plan qui se traduit par un volontaire et notable excédent budgétaire. Stop and go d’anthologie: le plan de relance Chirac qui le suit en prend le contrepied (un modèle de relance keynésienne, qu’on cite encore dans les écoles). Nous sommes en 1975, les finances publiques viennent d’entrer lourdement dans le rouge. C’était il y a 35 ans. Nul ne le sait encore: la trappe s’est ouverte, elles n’en sortiront plus.

Pourtant, s’il ne tenait qu’à lui, Raymond Barre, qui en 1976 passe aux manettes de l’économie, gèrerait les finances à l’équilibre (on sait combien il aime à se portraiturer en bon père de famille). Giscard d’Estaing, c’est à dire la nécessité électorale (la gauche passe à un cheveu de la victoire en 1978), lui en impose autrement. Même l’exquis soulagement qu’apportent les législatives de mars 1978 ne lui donne pas le loisir de ressaisir ses principes. Car le vent souffle d’ouest, Thatcher et Reagan bientôt seront élus: après l’austérité des années 76-77, l’air se fait libéral (on se souvient des barristes « bois mort » et autres « canards boîteux », comprendre textile, sidérurgie…). Ainsi après un premier tour de piste en début de septennat, arrive pour la fin du mandat la seconde figure du tango économique qu’aura conduit Giscard, accordéoniste télégénique mais de faible renom: un pas sur l’inflation (refroidissement Fourcade, austérité des premières années Barre), un pas sur le chômage (relance Chirac, libéralisation Barre). Le déficit, tenu en 1976 et 1977 en lisière des 25 milliards, bondit en 1978 à un, libéral faut-il croire, 41 milliards de francs. Et voilà que fin 1979 débute le second choc pétrolier. Ainsi, tous les budgets de Giscard (sauf le premier), et de Barre, auront été en déficit. Pour des montants (hormis la relance Chirac, plus massive) légèrement supérieurs à 1% du PIB. Mais en ce temps, nul n’use de cette référence. Ce ratio est absent des esprits; il n’a pas d’existence.

Les dernières années, budgétairement Giscard d’Estaing n’a qu’un point de fixation: ne plus laisser au déficit franchir la ligne des 30 milliards de francs; elle aurait à ses yeux une portée politique. Les deux budgets d’avant la gauche s’y tiennent vaillamment (-31 milliards de francs chacune des années 1979 et 1980); au prix, s’il m’en souvient, d’un art de l’évitement dans la confrontation avec l’écueil comptable, qu’après trois années de pratique à la Direction du Budget, je commence à assez posséder.

 

Arrive 1981

 

Le budget a été présenté avec un déficit de 29 milliards de francs (on reconnaît là la limite fétiche, et un sens du marketing d’étiquette que nous aurons souvent vu à l’oeuvre chez Giscard d’Estaing, dès lors qu’il s’agissait de publier des chiffres – prière d’annoncer, par exemple, que les prix augmenteront de 9,9% et non de 10%). Cependant, dans les quelques mois qui précèdent le vote, la compétition électorale est gagnée par de vives ardeurs, on a des inquiétudes, et tout Barre qu’on soit, il faut bien en accepter les contingences financières collatérales: on n’aurait garde de ne pas s’attacher ceux qui pourraient pencher pour soi, ou bien seraient possiblement tentés de regarder ailleurs; ces saisons ne sont guère propices à une gestion retenue des finances publiques. Et quand, au terme du combat, la gauche tient sa victoire, on n’en est plus à résister sur la ligne des 30 milliards de francs. Sans que rien n’en eût filtré en dehors de nos murs (d’ordinaire le fonctionnaire est loyal), les élections ont fait sauter, sinon la banque – après tout, on n’en est encore qu’à sept années de dette -, du moins le seuil. Je me revois ainsi, au surlendemain de l’élection, enfiler un des longs couloirs du Louvre, dans l’aile Richelieu où depuis cent dix ans comme un coucou nichait le Ministère des Finances (aujourd’hui le marbre ailé d’Apollon poursuivant Daphné a remplacé l’airain terrible du Budgétaire traquant la Dépense stérile), pour donc informer le rond, le gai et l’affablement zézayant Jean-Paul Huchon, chef du bureau Agriculture et Communautés européennes (lier les deux c’est déjà toute une époque), lequel est au sein du Budget un des représentants connus de l’état-major socialiste (adjoint de Rocard à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, il sera dès le 22 mai, et pour dix ans, son directeur de cabinet), l’informer que le déficit sur lequel il faut tabler, avant même tout geste du nouveau pouvoir, n’est pas en deçà des 30 milliards de francs jusqu’ici proclamés, mais maintenant au delà des 50 milliards: dans les chaleurs pré-électorales, le libéralisme de Giscard et de Barre s’est dénudé en libéralité. Deux mois plus tard, la première loi de finances rectificative socialiste en prendra acte, actualisant le déficit à 55 milliards; et dès le début juin, sans attendre, Laurent Fabius va rendre ce chiffre public.

 

Car le ministre qui nous est dévolu s’appelle Laurent Fabius (un jour, se rappelle-t-on, par souveraine onction présidentielle il en sera fait don, comme Premier Ministre, à la France). Laurent Fabius a obtenu d’inaugurer le titre, jusque là inconnu au bataillon, de Ministre délégué – derechef bruisse dans les couloirs la rumeur, attendrie, qu’il aurait trépigné pour qu’on le distinguât de cette innovation (on ne connaissait jusque là que des Secrétaires d’Etat, le premier des Ministre du Budget dans l’histoire de tous les gouvernements ayant été le prédécesseur de Fabius, Maurice Papon, grand commis de l’Etat – n’importe quel Etat), cela à la seule fin, courte vanité, d’avoir rang de ministre à un âge inférieur à celui de Giscard: Fabius donc sera ministre, délégué hélas! mais ministre tout de même à 36 ans moins trois mois, quand Giscard misérablement ne le fut qu’à 36 ans moins quinze jours… Ce qui lui donne, tout de même, droit de présence aux conseils des ministres, et, car il l’a obtenu, signature des lois de finances sans le ternissant voisinage de Jacques Delors, son ministre de prétendue tutelle.

Nous arrivons fin juin, et s’il y a urgence pour adapter l’action budgétaire à la nouvelle donne, plus grande elle est encore pour préparer le budget de l’année 1982, qui sera la première de plein exercice pour la gauche au pouvoir. Las! malgré l’autorité toute neuve due au Ministre délégué, et à son rang, il nous revient assez vite que, dans l’effervescence de cette aube nouvelle, camarade! et l’inaccoutumance des néo-ministres aux règles de gouvernement, ces derniers multiplient à qui mieux mieux les visites du soir auprès du Président pour plaider in vivo leurs besoins en crédits (or, l’expérience séculaire du Budget montre qu’en réalité il n’existe pas de demandes de crédit qui ne soient authentiquement justifiées – le gouvernement, du moins le budgétaire, commence avec l’art de faire tomber l’oukase du refus). Et, au vu des données qui s’agglomèrent peu à peu sur mon bureau, il apparaît assez vite qu’on se dirige bon train vers un déficit du budget initial pour 1982 qui franchira le seuil, jusque là hors de portée mentale, des 100 milliards de francs, chiffre que les plus intrépides d’entre nous n’auraient même en secret pas osé murmurer.

 

 

Une commande, un soir

 

C’est dans ces circonstances qu’un soir, tard, nous appelle Pierre Bilger (qui à quelque temps de là s’envolera vers Alcatel pour y faire la carrière que l’on sait), devenu le tout récent n°2 de la Direction du Budget à son retour du poste de directeur de cabinet de Maurice Papon (qui Ministre du Budget donc, mais aussi considérablement septuagénaire, s’est acquis dans nos couloirs une manière de fan-club pour ses assoupissements parfaits lors des débats techniques à l’Assemblée Nationale, et ses brusques réveils au profond des séances de nuit, que les plus avertis d’entre nous, ou les mieux pourvus en ancêtres vivants, ont eu tôt fait de diagnostiquer comme la, bien documentée, insomnie du vieillard).

Donc nous voici convoqués, c’est à dire moi-même, et Roland de Villepin, cousin de Dominique, mon camarade de promotion et récent chef de bureau (ce poste est réservé en apanage à ceux qui, comme lui, sont fonctionnaires: il est Administrateur de l’INSEE). Formés à l’ENSAE, nous sommes considérés dans la faune locale comme appartenant à l’espèce, rare au Budget, des économistes (les autres sont des énarques, ces grands albatros de l’administration généraliste), et plus spécialement, car passablement mâtinés de mathématiques (nous sommes des ingénieurs de l’économie, en quelque sorte), de la sous-espèce des économistes manieurs de chiffres – sachant faire des additions, nous plaisante-t-on, en référence, évidemment, aux agrégés-sachant-écrire.

Bilger nous informe en quelques mots du ballet budgétaire élyséen en cours, et il nous fait savoir que le Président a urgemment et personnellement demandé à disposer d’une règle, simple, utilitaire, mais marquée du chrême de l’expert, et par là sans appel, vitrifiante, qu’il aura beau jeu de brandir à la face des plus coriaces de ses visiteurs budgétivores.

 

Il s’agit de faire vite. Villepin et moi nous n’avons guère d’idée, et à vrai dire nulle théorie économique n’est là pour nous apporter le soutien de ses constructions, ou pour même orienter notre réflexion. Mais commande est tombée du plus haut. Nous posons donc, d’un neurone perplexe, l’animal budgétaire sur la table de dissection.

Nous palpons du côté des dépenses, leur volume, leur structure, avec dette, sans dette, tel regroupement, tel autre, ou leur taux d’accroissement comparé à celui de l’économie. Il y aurait bien moyen de détailler à la main quelques ratios consommables, mais tout cela est lourd et fleure son labeur: norme flasque, sans impact, aucune n’est frappante comme une arme de jet, propre à marquer l’arrêt aux meutes dépensières. Nous retournons la bête du côté des recettes: impôts d’Etat sur revenu national? mais les impôts fluctuent avec la conjoncture, plusieurs sont décalés d’un an… Surtout, nous ne pouvons échapper à l’attraction des prélèvements obligatoires, dont la fiscalité d’Etat n’est guère qu’une part : peut-on valablement se cantonner à elle? le débat ne manquera pas de naître, à juste titre, et prendra vite le tour d’un brouhaha technique. Tout ça sera confus et sans force probante, au rebours du principe-étendard que nous avons reçu commande de faire surgir pour ostension publique. La route des recettes est coupée. Une seule voie nous reste: le déficit.

Le déficit, d’abord, du citoyen lambda au Président de format courant, ça parle à tout le monde: être en déficit, c’est être à court d’argent; ou, si l’on préfère, tirer aujourd’hui un chèque sur demain, qui devra rembourser. Ensuite, le déficit a depuis Keynes acquis ses lettres de noblesse économique: il figure vaillamment dans les théories, il est une des plus visiblement opératoires variables des modèles. Lui seul, c’est évident, a la carrure et la netteté pour nous tirer d’affaire. Le déficit ! mais qu’en faire ? à quelle contrainte le plier pour en extraire une norme?

Le coup est vite joué. La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c’est le PIB: tout commence et tout s’achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté. Donc ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple; élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair.

 

 

Un critère douteux

 

Arrivé à ce point, un peu de réflexion s’impose.

On commencera par noter que le déficit est un solde; c’est à dire non pas une grandeur économique première, mais le résultat d’une opération entre deux grandeurs. Ce simple fait, trivial, emporte deux remarques. La première, c’est qu’un même déficit peut être obtenu par différence entre des masses dont l’ampleur est sans comparaison: 20 milliards sont aussi bien la différence entre 50 et 70 milliards qu’entre 150 et 170. Or, et c’est la deuxième remarque, on conviendra qu’il ne peut être tout à fait indifférent à la marche de l’économie que la masse des dépenses et recettes publiques soit d’une certaine ampleur (moins de 35% du PIB, comme aux USA ou au Japon) plutôt que d’une autre, bien plus grande (nettemment plus de 50% comme en France ou dans les pays scandinaves); sans même parler du contenu de chacune des masses: ce n’est pas la même chose d’aspirer un certain volume de recettes avec une TVA à 10% et un impôt sur le revenu montant jusqu’à 80%, qu’avec une TVA à 20% et un impôt sur le revenu de 30% au pire; ou bien encore d’aligner un même volume de dépenses, mais avec 5% de subventions d’investissement dans un cas ou 20% dans l’autre. On voit donc que s’intéresser au déficit en soi, à son montant seul, n’a qu’un sens relatif. Première observation.

La deuxième observation touche à la pertinence du ratio lui-même: ne divise-ton pas des choux par des carottes? Car un déficit n’est rien d’autre qu’une dette: il est le chiffre exact de ce qu’il faut, tout de suite, emprunter, c’est à dire, cigale, aller demander à d’autres; et donc de ce qu’il faudra épargner – au fil des années suivantes – pour rembourser ceux qui auront prêté. Autrement dit, afficher un pourcentage de déficit par rapport au PIB, c’est mettre en rapport le flux partitionné, échelonné des échéances à honorer dans les années futures avec la seule richesse produite en l’année origine. Il y a discordance des temps. Où l’on saisit que le seul critère pertinent est celui de la capacité de remboursement à horizon donné (qui est celui de l’emprunt); laquelle est elle-même fonction, non pas tant du déficit consenti une année donnée, que de la dette globale accumulée – cette année-là, mais aussi celles qui ont précédé et peut-être celles qui suivront – et de la prévision qu’en regard on peut faire des ressources futures, c’est à dire du couple croissance et rendement fiscal. Le reste n’est qu’affichage.

Dernière observation enfin, plus générale: on conçoit bien qu’un déficit n’a pas le même sens économique selon qu’il est purement ponctuel, rupture dans une série d’années à l’équilibre, laquelle sera réabsorbée en une à trois années par la réactivation même de l’économie que ce choc aura provoquée (keynésianisme pur); ou selon qu’à l’inverse il n’est que le morne jalon d’une longue chronique de déficits, courant les décennies, installés, devenus entière partie prenante, mode de fonctionnement même de l’économie, si usuels, si métabolisés, à elle si consubstantiels que c’est le retour à l’équilibre, la désaccoutumance, qui a un effet de choc (du keynésianisme à rebours en somme). Je rappelle qu’en 2010, la France en est à sa… 36ème année de déficit ininterrompu, et donc de dette couche à couche empilée, cumulée – 36 années, bien plus qu’un tiers de siècle -, et dont elle ne pourra mécaniquement se délester d’un coup: à vue humaine il est probable qu’au point où nous en sommes et où en sont les perspectives longues de notre économie, nous finirons par avoir stocké, dans la meilleure des hypothèses, de la dette pendant pas loin d’un demi-siècle, continûment, tenacement, c’est à dire sans avoir jamais commencé de seulement la rogner; laquelle, pour finir, soit sera remboursée (perspective vertueuse, ou bien enchanteresse), soit détruite (par inflation, ou restructuration comme on dit pudiquement), soit plus vraisemblablement aura été traitée par un mixte empirique des deux, c’est à dire fonction des rapports de force dans la partie à trois entre gouvernements, Banque Centrale et marchés.

 

Où l’on aura compris que fixer le projecteur sur le déficit d’une année donnée n’a guère de sens; et que le rapporter au PIB de cette même année lui en fait perdre un peu plus. Le ratio déficit sur PIB peut au mieux servir d’indication, de jauge: il situe un ordre de grandeur, il soupèse une ampleur, et fournit une idée – mais guère plus – immédiate, intuitive de la dérive. Mais en aucun cas il n’a titre à servir de boussole; il ne mesure rien: il n’est pas un critère. Seule a valeur une analyse raisonnée de la capacité de remboursement, c’est à dire une analyse de solvabilité: n’importe quel banquier (ou n’importe quel marché, ce qui revient au même) vous le dira.

Certes; mais la question politique – politique, et non économique – demeure: comment transmuter le plomb d’une analyse raisonnée de solvabilité en l’or apparent d’une règle sonore, frappante, qui puisse être un mot d’ordre? C’est, dans son prosaïsme, la question qui se pose à nous, et l’impossible auquel nous nous heurtons, en ce soir de juin 81.

 

 

Fabriquer une norme

 

Pressés, en mal d’idée, mais conscients du garant de sérieux qu’apporte l’exhibition du PIB et de l’emprise que sur tout esprit un peu, mais pas trop, frotté d’économie exerce sa présence, nous fabriquons donc le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond, jolie chimère (au sens premier du mot), conscients tout de même de faire, assez couverts par le statut que nous confèrent nos études, un peu joujou avec notre boîte à outil. Mais nous n’avons pas mieux. Ce sera ce ratio. Reste à le flanquer d’un taux. C’est affaire d’une seconde. Nous regardons quelle est la plus récente prévision de PIB projetée par l’INSEE pour 1982. Nous faisons entrer dans notre calculette le spectre des 100 milliards de déficit qui bouge sur notre bureau pour le budget en préparation. Le rapport des deux n’est pas loin de donner 3%.

C’est bien, 3% ; ça n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances, mais c’est bien. 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable: on sait qu’on est déjà largement au delà, et qu’en éclats a volé magistralement ce seuil. 2% serait, en ces heures ardentes, inacceptablement contraignant, et donc vain; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide; il a derrière lui d’illustres précédents (dont certains quon vénère). Surtout, sur la route des 100 milliards de francs de déficit, il marque la dernière frontière que nous sommes capables de concevoir (autre qu’en temps de guerre) à l’aune des déficits d’où nous venons et qui ont forgé notre horizon.

Nous remontons chez Bilger avec notre 3% du PIB, dont nous sommes heureux, sans aller jusqu’à en être fiers. Et lui faisant valoir que, vu l’heure (ça, on ne le lui dit pas) et foi d’économistes, c’est ce qu’actuellement nous avons de plus sérieux, de plus fondé en magasin. En tout cas de plus présentable. Puis nous rentrons chez nous, vaquer. On sait ce qu’il en est advenu.

 

L’envol du 3%

 

Le Franc très vite plonge. Il faut écoper le vaisseau. Mitterrand déleste le budget 1982, en cours de finition (on le présente en septembre), du déficit de 120 milliards où il se propulsait jusqu’à celui de 95 milliards qui sera annoncé, soit bien visiblement moins que le seuil symbolique – chiffon… rouge pour marchés en émoi – des 100 milliards de francs (nos 3% du PIB). Et c’est en août que Fabius, prince soyeux du verbe, pour la première fois dans toute l’histoire de la langue publique universelle (car nul encore nulle part, serait-ce à l’étranger, n’a jamais avancé ce ratio), réfère le déficit au PIB – pour le rendre bénin sans doute, et couvrir sa rudesse d’une gaze savante: car enfin, ces 2,6% du PIB qu’il cite aux journalistes sans s’y appesantir, presque comme en passant, comme une chose qui serait dans les moeurs, et du moins ne saurait inquiéter qui a fait des études et sait de quoi il parle, ces 2,6%, que pèsent-ils au fond, sinon le poids d’une pincée de PIB? – et non la centaine de milliards de francs que rajoutés aux autres il faudra un jour, avant la fin des temps, ou avant la faillite, par l’impôt rembourser.

Mais l’automne déjà, ses bourrasques; et le Franc balayé avec les premières feuilles: il faut dévaluer (dans la govlangue on dit « réajuster »), non sans avoir âprement négocié, négocié et plaidé, comme de juste, comme chaque fois, avec l’Allemagne – l’Allemagne au mark toujours trop fort, à l’inflation trop faible, à l’industrie trop fiable, l’Allemagne, ce modèle irritant et exténuant voisin qui construit sa confiance, interne et externe, comme ses machines-outils et comme ses berlines, sur le long terme, et sans désemparer, sans versatilité, unanime à ne pas tolérer que quiconque jamais y porte une ébréchure, tandis que nous changeons de pied, désunis, impatients et fragiles, plus inquiets d’affirmer une autorité que de faire autorité, plus sensibles à l’effet produit sur le théâtre de l’intelligence qu’à l’effort soutenu dans l’avancée commune.

Dans le combat des influences qui se joue cet automne, Delors reprend la main. Il ose parler de pause (un spectre hante la gauche, celui de Blum en février 37 demandant « une pause nécessaire dans la montée des finances publiques… »). Et il est le premier à faire expressément savoir que le déficit ne doit plus franchir les 3% du PIB, et cela pour l’ensemble des comptes publics (il sera bien le seul à être aussi strict, et précis, et complet). Fabius ne saurait lui abandonner cette paternité, qui est un empiètement et une dépossession. Et d’affirmer hautement, trois semaines plus tard: « Pour le budget, j’ai toujours posé comme règle que le déficit n’était acceptable qu’à condition de ne pas dépasser un montant raisonnable, de l’ordre de 3% du PIB ».

Ici, une station s’impose: ainsi viennent de naître, et, pire, d’infiltrer les esprits comme un contaminant, les notions de « déficit acceptable » et de « montant raisonnable »: tomber en très lourd déficit, cela ne s’analyse qu’en référence à l’année dont on parle et non au parcours d’endettement sur lequel on s’inscrit, et, ainsi myopement circonscrit, ce n’est plus un défaut de ressources qu’il faudra, au plus vite, remonter, c’est un acte par nature conforme à la raison, aux Lumières pour un peu, mais à la condition, bien entendu, car on est aussi l’ennemi pondéré de tout ce qui est excès, qu’on ne rajoute guère à tout ce qu’on doit déjà que, bah, bon an mal an, une centaine de milliards – acceptable, raisonnable… superbes déplacements du sens: ou ce que la langue assouplie à l’ENA fait de la rhétorique d’Ulm.

Dès lors dans les déclarations – Fabius, Delors, Mauroy – le 3% du PIB revient comme une antienne. Il est le phare qui balise la route (quand il n’est guère que le quinquet qui suit la descente à la dette). Tandis que les attaques contre le Franc reprennent de plus belle, et que la préparation du budget 83, sous la pression énervée des ministres, livre des premiers scénarios assez époustouflants (à son plus haut le décompte produit un déficit de 210 milliards de francs), le 3% du PIB, désormais bien en selle, devient le marqueur proclamé, martelé, d’une « politique maîtrisée des finances publiques » – en somme, on peut dévaler la pente de l’endettement sur un cheval qu’on cravache, mais à la condition, raisonnable, qu’il ne s’emballe pas. Le petit calcul discutable, mais malin, et tout de circonstance que nous avons commis un soir d’il y a quelques mois est maintenant devenu une norme publique, qui vaut principe, affiché, assumé, presque revendiqué, pour la conduite du gouvernement. Assurément, un succès assez rare.

Ce calcul, ce principe, il lui reste à recevoir encore, par les voies les plus solennelles, l’onction du Président. C’est chose faite le 9 juin 1982 (après qu’on a durant tout le printemps, venus de l’Elysée, trouvé dans les journaux les mots « directive donnée de 3% du PIB », « consigne impérative de 3% du PIB »); lors de sa seconde conférence de presse du septennat, le Président dans son intervention liminaire déclare: « Le déficit est d’environ 3% et il ne faut pas qu’il dépasse ce pourcentage appliqué au produit intérieur brut. J’attends du gouvernement qu’il respecte – je n’ai pas lieu d’en douter sachant l’engagement du gouvernement tout entier – ce plafond de 3% et pas davantage. » (… sachant l’engagement du gouvernement tout entier : on imagine qu’un ange – armé d’un coupe-coupe budgétaire -, fors Delors, sur les ministres passe).

Le processus d’acculturation est maintenant achevé; on a réussi à déporter le curseur: ce qui est raisonnable, ce n’est pas de voir dans le déficit un accident, peut-être nécessaire, mais qu’il faut corriger sans délai comme on soigne une blessure; non, ce qui est décrété raisonnable c’est d’ajouter chaque année à la dette seulement une centaine de milliards (en francs 1982). C’est cela, désormais, qu’on appelle « maîtrise »: en dessous de 3% du PIB, dors tranquille citoyen, la dette se dilate, mais il ne se passe rien – quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt, dit le proverbe chinois; quand le sage montre l’endettement, l’incompétent diplômé regarde le 3% du PIB.

 

Extension du domaine du ratio

 

Puis un jour le traité de Maastricht parut sur le métier. Ce 3%, on l’avait sous la main, c’est une commodité; en France on en usait, pensez! chiffre d’expert ! Il passe donc à l’Europe; et de là, pour un peu, il s’étendrait au monde.

Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d’un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme: sur lui on ne s’interroge plus, il tombe sous le sens (à vrai dire très en dessous), c’est un critère vrai. Construction contingente du discours, autorité de la parole savante, l’évidence comme leurre ou le bocal de verre (celui dans lequel on s’agite, et parade, sans en voir les parois): Michel Foucault aurait adoré.

 

Parfois lorsque j’entends, repris comme un mantra, le 3% du PIB, je m’amuse de ce trois que nous avons choisi. Me revient le souvenir du numero deus impare gaudet – le nombre impair plaît à la divinité – qu’on trouve dans Virgile. Et la traduction qu’en donne Gide dans Paludes: le nombre deux se réjouit d’être impair. Et il a bien raison, ajoute Gide.

Le 3% du PIB se réjouit d’être critère… Et il a bien raison.

 

Source : La Tribune

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Régimes spéciaux de retraite par l’IFRAP

a période électorale, la mise en place des nouvelles normes comptables internationales IFRS et leurs déficits croissants ont remis la réforme des régimes spéciaux de retraites dans l’actualité. Celui de la SNCF est de loin le plus important.

Concernant la réforme des retraites des cheminots, sur un plan strictement « réglementaire comptable », la solution mise en place pourrait consister à créer une Caisse de retraite SNCF totalement autonome avec son propre statut juridique, percevant les cotisations, versant les pensions et… gérant le déficit. Cela permettrait « d’évacuer » des comptes de la SNCF les provisions de plus de 100 milliards € dues au titre des engagements de retraites. Cette méthode fait penser aux trois autres utilisées pour cacher les problèmes : la dette de quelque 27 milliards € de la SNCF évacuée vers Réseau Ferré de France (RFF), la dette de la Sécurité Sociale évacuée vers la CADES (caisse d’amortissement de la dette sociale) avec la création de la CRDS, et la fameuse « structure de défaisance » où avaient été parquées les dettes et actifs douteux du Crédit Lyonnais.

Anne-Marie Idrac, présidente de la SNCF, a tout de suite souligné que cette dette n’était que « purement technique et n’a rien à voir avec les droits, avec le régime lui-même » (1). Pour les autres régimes et pour les Français cela ne sera pas uniquement technique mais très concret car il faudra bien payer un jour ou l’autre ces 100 milliards €. Même quand elle est appliquée à tout un pays, la retraite par répartition n’est pas garantie. Et le pari devient très risqué quand la répartition est limitée à une entreprise. Très avantageuse quand tout va bien (pas de solidarité avec les autres régimes), le système est en faillite dès que le nombre d’adhérents baisse (SNCF) ou si l’entreprise disparaît (Mines). Tous les ans les contribuables français versent une subvention d’équilibre de l’ordre de 2,5 milliards d’€ au régime spécial de la SNCF.

En retraite en % 2005 SNCF CNAV – Privé
Avant 55 ans 13 0
A 55 ans 74 0
Total à 60 ans 100 69
Entre 61 et 64 ans 11
A 65 ans et plus 20
Sources : rapport sur les régimes spéciaux, Sénateur Dominique Leclerc

A 55 ans, pratiquement tout le monde prend sa retraite

Sur le problème de fond, la réforme des régimes spéciaux et leur alignement sur le secteur privé, tous les candidats à l’élection présidentielle s’y sont déclarés favorables et 84 % des Français la réclament. Les syndicats ont senti le vent venir et la CGT a déjà déclaré que « toute tentative de remise en cause du régime de retraite des cheminots et de ces acquis entraînerait une réaction immédiate des agents avec leur organisation syndicale ». [1]

Les cheminots ne sont évidemment pas des « nantis », mais il est légitime de comparer leur situation aux catégories équivalentes du privé. À l’âge de 55 ans pratiquement tous les employés de la SNCF sont en retraite alors que tous les employés du privé sont encore en activité.

A la SNCF, le système de retraite précoce est généralisé. Son bilan social de 2004 indique que sur 4847 cadres permanents, y compris 112 cadres supérieurs, 3 départs en retraite ont eu lieu à la limite d’âge et 4844 avant la limite d’âge.

À l’âge de 50 ans les conducteurs de train peuvent partir dans des conditions très favorables s’ils ont 15 ans de carrière de conduite. Grâce à un jeu de bonifications la plupart partent à la retraite à taux plein au bout de 30 ans de carrière mais avec une pension équivalente à 37,5 années de service (environ 2000 € par mois) et une espérance de vie proche de 30 ans. Les salariés du privé ont en moyenne 22 ans de retraite pour 40 années d’activité.

La pension moyenne servie aux 168 132 cheminots retraités (droits directs) est de 1 620 € par mois. Dans le secteur privé, la retraite moyenne d’une personne ayant eu une carrière complète est de 1465 €. Ces deux nombres relativement proches ne suffisent pas pour évaluer l’équité du système de façon objective. Le Sénat a donc cherché à savoir quel est le taux de rendement des différents régimes de retraite, ou combien rapportent par an les sommes que les salariés et leurs employeurs auront placées en vue de la retraite.

Taux de rendement annuel des cotisations retraites
Privé de 2,0 à 2,1% selon les cas
SNCF de 2,6 à 3,0% (départs à 60 ans)
SNCF de 3,8 à 4,8% (départs entre 50 et 55 ans)

Sur des durées de 30 à 40 ans, ces écarts de rendements conduisent à des injustices considérables. Ceci est confirmé par Sauvegarde Retraites dans son étude du cas d’un cheminot :
- qui aurait travaillé et cotisé 32,5 ans
- avec un salaire de 4997,22 € par trimestre
- la pension calculée est de 4997,2€ * 32,5*2% = 3248,19 € soit 1082,73 € par mois Si cette personne avait travaillé et cotisé sur la même période dans le privé le montant de sa retraite aurait été 550 € soit 2 fois moins.

Une fois à la retraite, le mode d’indexation SNCF est aussi très favorable. Sur les 15 dernières années, les retraités du privé ont à peine compensé l’inflation alors que le pensionné SNCF a lui vu son allocation augmenter de 45 % soit 20 % de plus que l’inflation. [2]

Attention à l’amalgame
Pour leur défense, les syndicats de la SNCF mettent en avant le fait que de nombreux salariés du secteur privé sont au chômage, dispensés de recherche de travail, donc dans une forme de pré-retraite dès 57 ans. C’est exact. Mais ne pas confondre un droit permanent à la SNCF avec un défaut temporaire de gestion dans le secteur privé.

Ceux qui cotisent le moins reçoivent le plus

La limitation du déficit du régime de retraite de la SNCF et l’égalité de traitement entre cotisants, deux raisons évidentes pour une réforme et l’alignement du régime SNCF sur celui du privé, et donc :
- rallonger la durée de cotisations
- augmenter les cotisations
- indexer les pensions sur la même base que le régime général

Un des arguments pour ne pas rallonger la durée de cotisations est la pénibilité du travail. Les machines à vapeur sont loin mais ce problème existe sans doute pour une petite partie des salariés de la SNCF. Il faut identifier cette catégorie de personnel dont l’espérance de vie à la retraite est faible, conserver leur droit de partir tôt à la retraite et surtout améliorer leurs conditions de travail. Mais en 2007, de nombreux cheminots se sentent rajeunir et travaillent après leur mise à la retraite et sans aucune contrainte de cumul retraite / salaire jusqu’à 60 ans contrairement au privé. La SNCF s’est aussi bien rendu compte du danger que représentaient ces jeunes retraités de plus en plus recherchés par les nouveaux opérateurs privés de Fret. La SNCF propose à ces jeunes retraités de rester et d’aider par exemple aux périodes de pointe, ou pour encadrer les nouveaux venus et toujours avec cumul de la retraite et du salaire. [3]

Le régime spécial des cheminots est peu contributif, même rétributif. A assiette de cotisations égales le taux de cotisation des cheminots est inférieur de 35 % à celui du privé. Ce taux de 7,85 % est quasi constant depuis de nombreuses années et quasi-virtuel. En cas d’augmentation, il a été soit compensé et seule la ligne salaire brut augmente pour les cheminots sans toucher au net, soit c’est l’entreprise qui absorbe l’augmentation en augmentant la part patronale.

Taux de cotisation, durée de cotisation et base de calcul de la retraite sur les 25 meilleures années (et non plus sur les derniers mois), la réforme du régime de retraite de la SNCF est considérable et ne peut être que très progressive. Dans le secteur privé, la réforme a été mise en place en 10 ans. Mais la SNCF a pris un tel retard qu’il faudra sans doute lui accorder une quinzaine d’années pour aligner ses retraites sur le régime général.

Pourquoi la direction et les syndicats de la SNCF poussent-ils les salariés à partir à la retraite le plus tôt possible ?

Les témoignages que nous avons recueillis sont formels : dès qu’ils ont atteint l’âge de la retraite, les cheminots sont invités à partir puis souvent harcelés. Un courrier publié par la Vie du Rail et confirmé par plusieurs de nos lecteurs cheminots, rappelle pourtant que les dispositions statutaires stipulent que l’âge limite de maintien en service à la SNCF est de 60 ans et que :
- l’agent peut demander sa mise à la retraite anticipée à 55 ans s’il a 25 années de service valables.
- le personnel de conduite peut demander sa mise en retraite anticipée dès l’âge de 50 ans s’il a 15 années de service conduite valables.
- la SNCF peut aussi prononcer la mise à la retraite d’un agent sur les mêmes critères

Direction : Les entreprises en décroissance utilisent les départs en retraite pour réduire leurs effectifs et leurs dépenses. Mais à la SNCF, les retraités restent à la charge de la SNCF et, la plupart du temps, sont immédiatement remplacés.
- Hypothèse 1 : faute de gestion des ressources humaines, les salariés SNCF de 50/55 ans sont peu motivés voire gréviculteurs. La SNCF est pressée de s’en séparer
- Hypothèse 2 : la SNCF ne se sent pas concernée par le paiement des retraites mis à la charge des contribuables. Remplacer un ancien par un jeune améliore sa compétitivité.

Syndicats :
- Hypothèse 1 : les syndicats veulent conforter le droit à la retraite à 50/55 ans
- Hypothèse 2 : avec un retraité et un actif, cela fait deux adhérents syndiqués
- Hypothèse 3 : le taux de consanguinité à la SNCF est considérable. A chaque départ en retraite, c’est un poste pour son fils ou sa nièce.

Dans le secteur privé, le FNE (Fonds National pour l’Emploi) permettait aussi aux entreprises de mettre des salariés en retraite aux frais des contribuables. Devant son inefficacité et son coût prohibitif, ce dispositif a été réduit aux cas les plus critiques. Pourquoi les contribuables continueraient-ils à financer un FNE systématique à la SNCF ?

[1] Source : La Vie du Rail.

[2] Loi de Finances 2007, rapport sur les régimes spéciaux, Sénateur Dominique Leclerc

[3] Source : La Vie du Rail.

 

Par   Christian Arnault,
Source : IFRAP

 

 

 

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Info Eco : Retraites, le FMI pour le recul de l’âge

Le Fonds monétaire international a publié mercredi un rapport dans lequel il affirme qu’un recul de l’âge de la retraite est préférable à une baisse des pensions. « Une hausse de deux ans de l’âge légal de la retraite suffirait à stabiliser les dépenses pour les retraites exprimé en part du PIB à son niveau 2010 sur les deux prochaines décennies », a indiqué le département des Affaires budgétaires du FMI dans un rapport.

Cette hausse « est à peu près l’équivalent d’une réduction des prestations de 15% et produit des effets budgétaires semblables à un relèvement de deux points de pourcentage dans les cotisations », a-t-il ajouté. « Relever l’âge légal de la retraite doit être le point de départ de la réforme », a indiqué le département, dans ce document intitulé: « De la relance à la rigueur, politiques de revenus et de dépenses dans les économies développées et émergentes ».

« Le relèvement de l’âge de la retraite doit être accompagné de mesures pour limiter la générosité des programmes de retraite anticipée (…) Il sera également important de resserrer les conditions d’attribution de pensions pour handicap », a poursuivi cette division du FMI. Le FMI a constamment affirmé son soutien à de nombreuses réformes des retraites qui prévoyaient cette mesure. Il a salué la réforme proposée par le gouvernement français pour relever cet âge légal, « actuellement parmi les plus bas » du monde.

Le directeur général de l’institution, Dominique Strauss-Kahn, s’était déclaré sur France 2 en mai favorable à un ajustement de l’âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie et de la pénibilité du travail, précisant qu’il n’avait pas « de dogme » de la retraite à 60 ans.

 

Source : Le Journal des Finances

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Info Eco : Fitch dégrade la note de l’Irlande

Au lendemain de la mise sous revue de la note du pays par Moody’s, l’agence Fitch a annoncé ce lundi la dégradation de la note de Dublin. A la mi journée, les obligations d’État irlandaises se repliaient.

ans une situation budgétaire préoccupante, l’Irlande a vu ce mercredi sa notation financière être dégradée par l’agence Fitch à « A+ », contre « AA- » jusqu’alors. Dans le sillage de cette annonce, qui intervient au lendemain de la mise sous surveillance de la note du pays par Moody’s, les taux des obligations d’Etat irlandaises se sont tendus, tandis que l’euro a très momentanément marqué le coup face au dollar.

Evoluant en sens inverse des prix, le taux des obligations d’Etat irlandaises à 2 ans augmentait en début d’après-midi de 14 points de base, à 3,74%, tandis que le taux à 10 ans progressait de 6 points, à 6,44%. Dans le sillage de l’annonce, l’euro est brièvement redescendu sous le seuil de 1,38 dollar avant de rebondir aux alentours de 1,3870 dollar.

Recapitalisations massives

« La dégradation de la note de l’Irlande reflète le coût exceptionnel, et plus élevé que prévu, de la recapitalisation des banques irlandaises, notamment l’Anglo Irish », explique Fitch dans un communiqué. Mardi, Moody’s a mis sous revue la note « Aa2 » de l’Irlande, qu’elle avait déjà dégradé d’un cran en juillet dernier. L’agence Dominion Bond Rating Service (DBRS) a également annoncé avoir mis sous revue la note « AA » qu’elle accorde à Dublin.

 

Source : La Tribune

 

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RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…