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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Baisse de l’Euro, un Hymne à la Joie ?

Nous avons expliqué à plusieurs reprises que la baisse de l’euro entrainerait inévitablement une hausse des exportations grâce à une amélioration de la compétitivité–prix : en clair, ce qu’on produit coûte moins cher pour les pays étrangers donc ils en achèteront plus volontiers. C’est le cas du géant Daimler-Benz qui a augmenté ses ventes de Mercedes de 26% aux Etats Unis durant ces 4 derniers mois et prévoit un gain d’un milliard d’euro cette année. En réalité, les entreprises produisant pour des biens de consommations pour les pays étrangers seront toutes touchées par cette grâce. Beau temps en prévision pour l’industrie manufacturière allemande, le luxe français et le tourisme !

Cependant, la baisse de l’euro a des conséquences « inattendues »; disons moins remarquables de prime abord.

Que se passe-t-il pour les entreprises qui ne vendent pas des produits finis mais des biens industriels ? Lorsqu’elles sont engagées dans des contrats de long terme avec des firmes étrangères, c’est une partie du contrat qui peut changer et dès lors, il se crée une incertitude pour les entreprises européennes : faut-il renégocier ? Tout dépend de l’euro, s’il remonte ensuite, c’est la catastrophe ! On pourrait dire que ce n’est pas grave, c’est une question de stratégie et de prise de risque. Soit.

Plus grave alors, les grands groupes européens qui ont connu du succès en acquérant de nouvelles entreprises étrangères voient à présent le coût de ces acquisitions augmenter brusquement. Dans un tel contexte, peut-on s’attendre à ce que Santander ou Banca Intesa continuent leurs acquisitions aux Etats Unis, en Angleterre ou en Amérique Latine ? Le coût d’implantation est plus élevé et cela ralentira l’essor de nos grandes compagnies.

En réalité, la baisse de l’euro sera profitable pour certains, mais il faut garder à l’esprit que ce que l’on gagne d’un côté (compétitivité prix) est perdu de l’autre (financement sur le marché financier, coût d’implantation).

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La dépréciation de l’euro est-elle une bonne chose ?

Nicolas Bouzou disait hier dans les Echos que la baisse le l’euro est «une bonne nouvelle parce que cela va renforcer la compétitivité des produits européens et les exportations », ajoutant que «40% des exportations de la France se font hors zone».

Pourtant, les économistes sont souvent très méfiants à l’égard des dépréciations ou pire des dévaluations de monnaie. En effet, baisser la valeur d’une monnaie pour faciliter l’exportation, c’est s’exposer à une hausse des coûts des importations, c’est aussi accepter d’être une proie facile sur les marchés financiers (puisque les valeurs en euro sont moins chères pour les détenteurs d’autres devises…). Plus important, modifier la valeur d’une monnaie, c’est tricher sur un « prix » qui doit se fixer librement selon l’offre et la demande de monnaie et cela entraine toujours des erreurs, des mauvaises anticipations sur les marchés.

Alors pourquoi Nicolas Bouzou considère cette baisse comme une bonne chose ? Il sait pourtant qu’une baisse de l’euro qui facilitera les exportations va donner aux Européens le sentiment d’être compétitifs sans avoir besoin d’innover ni de s’améliorer en réduisant les coûts de production, jeu dangereux lorsque les marchés sont très concurrentiels.

En réalité, s’il ne s’inquiète pas, c’est parce qu’il s’intéresse au contexte économique. Dans un pays où la monnaie reflète la richesse des habitants, sa dévaluation aura les conséquences que nous avons citées (peu d’incitation à réduire les coûts, à innover, risque d’inflation « importée ») mais ce n’est pas le cas de l’euro.

L’euro doit représenter le pouvoir d’achat d’une monnaie utilisée dans plusieurs pays très différents. Or ces dernières années, l’euro, par les actions de la BCE et sous l’influence de l’Allemagne favorable à une monnaie forte, était davantage le reflet des économies les plus puissantes de la zone, particulièrement de l’Allemagne. Ainsi pour l’ensemble des pays en queue de peloton, l’euro n’avait aucun rapport avec la compétitivité et la richesse du pays, il était maintenu à un niveau trop élevé (exactement l’opposé de ce que fait la Chine par ailleurs !).

La crise que traverse l’UE a joué le rôle de signal pour les investisseurs étrangers, et ces derniers ont donc naturellement modifié leur comportement vis-à-vis de l’euro, se montrant plus réticents à en demander en échange des devises de nations plus avancées sur le chemin de la reprise, telles que la Chine et les USA. Cette dépréciation  n’est donc pas dangereuse puisqu’elle représente un retour à la normale, à la situation réelle de l’économie européenne.

Pour autant, si la baisse de l’euro sera indéniablement un facteur de reprise en Europe, il est nécessaire d’alerter les entreprises et les gouvernements de la zone sur la nécessité de poursuivre les efforts de compétitivité car une reprise durable passera par une compétitivité structurelle et non monétaire : c’est-à-dire des entreprises performantes capables d’innover, de réduire leurs coûts de production (et il faudra s’intéresser à la fiscalité des entreprises ici) et désireuses d’investir dans la zone.

En d’autres termes, la baisse de l’euro favorisera la reprise à la marge mais seule une restructuration et un assainissement en profondeur de la zone garantiront la croissance.

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L’euro en baisse, l’inflation en hausse !?

L’euro est aujourd’hui à 1,24 $, et malgré un léger regain, les analystes parient sur une baisse encore plus grande dans les mois à venir.

Dans le même temps, l’inflation connaît son plus haut depuis Décembre 2008, avec une augmentation de 1,5% sur un an en Avril dernier et de 0,5%  sur le mois dans les pays de la zone (source Eurostat).

Alors, la valeur de l’euro baisse et pourtant les prix augmentent dans l’UE, comment est-ce possible ?

Il y a deux raisons à cela : tout d’abord une augmentation des prix de l’essence et du tabac (des biens dits « addictifs », c’est-à-dire qu’on achète peu importe leur coût), mais surtout une augmentation des prix due aux importations. Comme l’euro baisse, il en faut plus qu’avant pour acheter un bien en dollar ou en yuan. Ainsi les entreprises qui achètent des biens étrangers voient leurs coûts de production augmenter et revendent plus cher ! C’est ce qu’on appelle l’inflation importée.

Evidemment, cela présente un avantage : les exportations coûtent moins chers donc les entreprises européennes peuvent vendre plus facilement à l’étranger, elles gagnent en compétitivité (l’excédent commercial est d’ailleurs passé de 2,4 milliards d’euros en février dernier à 4,5 milliards d’euros en mars). Mais il ne faut pas oublier le défaut majeur d’un euro faible et en inflation : tous les actifs en euros perdent de leur valeur et deviennent des proies faciles pour les investisseurs.

A l’heure où l’on accuse les spéculateurs de tous les maux, on comprend bien l’erreur de se féliciter d’une baisse de l’euro dont beaucoup de politiques et d’économistes se réjouissent naïvement…  (voir «La solution de l’inflation, la politique champagne »)

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RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…