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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Pile je gagne, face tu perds ! Quand la baisse de l’euro ne profite plus du tout !

Comment la baisse de l’euro peut-elle s’avérer néfaste aux entreprises européennes ?

Imaginons un pays de la zone euro qui exporte principalement à l’intérieur de la zone : appelons ce pays Allemagne et son principal partenaire France. Supposons que la valeur de l’euro diminue par rapport au dollar. Puisque l’Allemagne et la France ont la même monnaie, il n’y aura changement sur la compétitivité de l’Allemagne. Les entreprises allemandes continueront à vendre la même quantité de biens sans avoir à modifier leur prix. En fait, elles ne pourront pas augmenter leurs prix sans risquer que des entreprises hors zone euro leur volent des parts de marchés, c’est la loi de la concurrence.

Cependant, imaginons que ces entreprises allemandes aient besoins de matières premières qui s’achètent en dollar, par exemple du pétrole. Le coût des matières premières en euro est donc plus élevé, et l’ensemble des coûts de production augmentent !

Puisque les entreprises ne peuvent augmenter leurs prix et voient leurs coûts de productions croître, elles vont faire moins de profits. Ainsi, lorsque les échanges se font « intra-zone », la baisse de l’euro peut-être une malédiction ; aucun gain de compétitivité, pas de baisse des prix pour les consommateurs et baisse des profits pour les producteurs, en d’autres termes la concurrence internationale propose alors un jeu étrange où «pile ils gagnent, face nous perdons ! »

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La dépréciation de l’euro est-elle une bonne chose ?

Nicolas Bouzou disait hier dans les Echos que la baisse le l’euro est «une bonne nouvelle parce que cela va renforcer la compétitivité des produits européens et les exportations », ajoutant que «40% des exportations de la France se font hors zone».

Pourtant, les économistes sont souvent très méfiants à l’égard des dépréciations ou pire des dévaluations de monnaie. En effet, baisser la valeur d’une monnaie pour faciliter l’exportation, c’est s’exposer à une hausse des coûts des importations, c’est aussi accepter d’être une proie facile sur les marchés financiers (puisque les valeurs en euro sont moins chères pour les détenteurs d’autres devises…). Plus important, modifier la valeur d’une monnaie, c’est tricher sur un « prix » qui doit se fixer librement selon l’offre et la demande de monnaie et cela entraine toujours des erreurs, des mauvaises anticipations sur les marchés.

Alors pourquoi Nicolas Bouzou considère cette baisse comme une bonne chose ? Il sait pourtant qu’une baisse de l’euro qui facilitera les exportations va donner aux Européens le sentiment d’être compétitifs sans avoir besoin d’innover ni de s’améliorer en réduisant les coûts de production, jeu dangereux lorsque les marchés sont très concurrentiels.

En réalité, s’il ne s’inquiète pas, c’est parce qu’il s’intéresse au contexte économique. Dans un pays où la monnaie reflète la richesse des habitants, sa dévaluation aura les conséquences que nous avons citées (peu d’incitation à réduire les coûts, à innover, risque d’inflation « importée ») mais ce n’est pas le cas de l’euro.

L’euro doit représenter le pouvoir d’achat d’une monnaie utilisée dans plusieurs pays très différents. Or ces dernières années, l’euro, par les actions de la BCE et sous l’influence de l’Allemagne favorable à une monnaie forte, était davantage le reflet des économies les plus puissantes de la zone, particulièrement de l’Allemagne. Ainsi pour l’ensemble des pays en queue de peloton, l’euro n’avait aucun rapport avec la compétitivité et la richesse du pays, il était maintenu à un niveau trop élevé (exactement l’opposé de ce que fait la Chine par ailleurs !).

La crise que traverse l’UE a joué le rôle de signal pour les investisseurs étrangers, et ces derniers ont donc naturellement modifié leur comportement vis-à-vis de l’euro, se montrant plus réticents à en demander en échange des devises de nations plus avancées sur le chemin de la reprise, telles que la Chine et les USA. Cette dépréciation  n’est donc pas dangereuse puisqu’elle représente un retour à la normale, à la situation réelle de l’économie européenne.

Pour autant, si la baisse de l’euro sera indéniablement un facteur de reprise en Europe, il est nécessaire d’alerter les entreprises et les gouvernements de la zone sur la nécessité de poursuivre les efforts de compétitivité car une reprise durable passera par une compétitivité structurelle et non monétaire : c’est-à-dire des entreprises performantes capables d’innover, de réduire leurs coûts de production (et il faudra s’intéresser à la fiscalité des entreprises ici) et désireuses d’investir dans la zone.

En d’autres termes, la baisse de l’euro favorisera la reprise à la marge mais seule une restructuration et un assainissement en profondeur de la zone garantiront la croissance.

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Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…