Iconomie

Icône

Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Risque d’impayés : la France plus mal notée que la Chine ou que Danone

Avec la crise de la dette des États périphériques de la zone euro, certaines grandes entreprises se financent aujourd’hui à moindre coût que dans leur pays d’origine. Le classement des CDS, les Credit Default Swaps, réservent des surprises de taille.

Le risque n’est plus où il était. « Historiquement, explique Anne Velot chezAxa Investment Managers, les prêteurs considéraient que la signature des États était plus sûre que celle des entreprises. Or ce n’est plus toujours le cas. » Sur les marchés des Credit Default Swaps (CDS), ces assurances contre le risque de défaut des émetteurs, « certaines entreprises espagnoles ou portugaises ont des coûts d’assurance inférieurs à ceux de leur pays d’origine », relève Thibault Cuillière, stratège crédit chez Natixis. S’il précise que les faibles volumes traités sur ce marché comme l’intense spéculation qui y règne pourraient être à l’origine d’anomalies, il faut reconnaître que le niveau des taux dit la même chose. Que le gazier Bord Gais Eireann se finance à moindre coût que l’État irlandais, comme l’hellène OTE par rapport à l’État grec, le pétrolier ENI par rapport à l’État italien ou encore Portugal Telecom par rapport à l’État portugais, est en soi une nouvelle donne. Même si ce n’est pas vrai partout – et en particulier en France -, « cette nouvelle hiérarchie des risques qui émerge est l’événement le plus important de la décennie », juge Maurice de Boisséson chez Octo Finances.

Trois raisons

Ce bouleversement a trois origines. D’abord, un effet de ciseau : pendant que les États ont dépensé sans compter pour sauver leur économie, au point qu’un risque de défaut chez certains n’est plus une hypothèse farfelue, les entreprises, échaudées par l’assèchement du crédit bancaire fin 2008, ont assaini leur bilan et allongé la maturité de leur dette. Certaines sont même devenues d’excellentes signatures.

Ensuite, la mobilité du capital face à l’immuabilité territoriale des États. Quand les entreprises se développent sur des régions en croissance, quitte à délaisser leur pays d’origine, les États ne peuvent se délocaliser, et sont contraints d’en subir les performances. La recette fiscale, elle, reste territoriale.

Enfin, si les États conservent le monopole de l’impôt, l’intense concurrence fiscale limite aujourd’hui leur liberté d’action. Trois facteurs lourds qui ont fini par rogner le privilège et partant le statut de l’État qui, selon Maurice de Boisséson, « se voit progressivement relégué au rang d’un emprunteur comme les autres. »

Les CDS des groupes financiers européens malmenés

L’idée qu’un groupe d’intérim puisse être plus solvable qu’un assureur aurait pû prêter à sourire avant la chute de Lehman Brothers le 15 septembre dernier. Mais il s’agit bel et bien aujourd’hui d’une réalité. Du moins aux yeux des investisseurs. Le CDS d’Adecco de maturité à cinq ans, qui cote 123 points, vaut même légèrement moins que celui d’Axa. En clair, le coût de couverture contre un risque de défaut du premier est moindre que pour le second.

D’une manière générale, le piètre état de santé des finances publiques européennes affecte en premier lieu la qualité de signature des établissements bancaires. Principalement d’origine d’Europe du Sud. Ainsi, Banco Espirito Santo (699 points) et Banco Comercial Portuges (695 points) affichent les primes de risque les plus élevées de l’indice Markit iTraxx des CDS des sociétés européennes notées «investment grade». Sachant que la valeur moyenne de l’indice avoisine 105 points. À l’opposé, les meilleurs profils de risque se situent plutôt du côté des secteurs de l’agroalimentaire et des biens de consommations. À l’image de Cadbury (32,7 points) ou encore Altadis (41,7 points).

La France plus risquée que la Malaisie et la République tchèque

Selon la hiérarchie du prix des « Credit Default Swap » à 5 ans (CDS), le risque que court un investisseur en plaçant des liquidités sur la dette française est désormais plus élevé qu’un placement sur la dette tchèque ou malaisienne. À 83 points de base, l’assurance contre un défaut sur 10 millions d’euros de dette française coûte désormais 83.000 euros par an, contre 81.000 pour le même montant de dette de la République tchèque et 75.000 euros pour des obligations d’État malaisiennes.

« Cela a un sens d’observer le niveau des CDS au sein de la zone euro, mais il vaut mieux regarder le niveau des taux d’intérêts pour appréhender le niveau du risque souverain entre les États », souligne Nicolas Forest, responsable de la stratégie taux chez Dexia. De fait, les marchés obligataires contredisent les CDS, puisque le taux des obligations à 5 ans malaisiennes et tchèques s’établissent rspectivement à 3,26 % et 2,60 %, contre seulement 1,90% pour la France. À l’inverse, l’écart de prix entre les CDS irlandais et français s’établit à 400 points de base, contre un écart de taux entre leurs titres à 5 ans de 405 points de base.

 

Source : La Tribune

 

 

Publicités

Classé dans:Infos éco, , , ,

David Baverez : Le retour de la stagflation

Comme vous le diront les grands économistes, « l’inflation, c’est comme le ketchup » : comme ça ne sort pas naturellement, on tape dessus, encore et encore, jusqu’à ce qu’on en ait plein son assiette…

Salaires en hausse de 20 % en Chine, prix des matières premières de retour au pic du premier semestre 2008, biens alimentaires attendus en hausse à deux chiffres par la FAO, prix de l’habillement au Royaume-Uni estimé par Next en hausse de 8 %… autant de signes annonciateurs du retour de l’inflation dès 2011. Le concept de “core inflation”, officiellement sous contrôle, devient ainsi de moins en moins pertinent pour le commun des mortels des lors qu’il exclut la hausse des principaux postes de dépenses… Allez donc expliquer l’absence d’inflation aux Parisiens, quand seulement 1 %, s’ils n’ont pas eu la chance d’hériter un capital de leurs parents, peuvent financièrement se loger dans plus de 100m2…

On voit bien, comme lors du premier semestre 2008, la réaccélération du transfert de richesses des pays développés, dont la valeur ajoutée est de moins en moins reconnue par le client final, vers les pays émergents, riches de leurs ressources naturelles.

A ce retour de l’inflation semblent s’allier les premiers signes de ralentissement de la reprise économique non seulement de la part du consommateur (révisions de Carrefour ou Ahold dans la distribution alimentaire), mais, de manière plus surprenante, également de la part du secteur de la technologie et de l’informatique, illustré par les récentes alertes de Cisco, Autonomy ou CapGemini. Sans doute faut-il y voir les premiers effets des coupes budgétaires de l’Etat – qui, on l’oublie trop souvent, représente encore 20 à 25 % du secteur IT (informatique et télécommunications, ndlr) pourtant perçu généralement comme relevant seulement du secteur privé.

Ajoutons enfin une dose de “risque souverain”, terme politiquement correct pour décrire la perte de souveraineté avérée cette semaine dans le cas de l’Irlande, avant celle à venir du Portugal, devançant sans doute d’une courte tête l’Espagne, dont on attend toujours les reformes structurelles promises en juin dernier ; une Espagne bien en retard par rapport aux efforts impressionnants déployés par l’Irlande tout au long de 2010, malheureusement perdus d’avance face à l’endettement global record du pays de près de 300 % du PNB.

Ce cocktail de retour d’inflation allié au ralentissement économique rappelle dangereusement la stagflation de la deuxième moitié des années 1970, ou plus récemment, de la première moitié 2008 dont on se souvient comment les espoirs théoriques de “decoupling” vinrent finalement se heurter à la réalité d’un monde désormais pleinement globalisé. Et gardons de plus en tête que la crise irlandaise marque bien plus le début plutôt que la fin des crises étatiques, là encore confirmées par l’annonce grecque cette semaine de révision à la hausse de leurs déficits publics…

« Gouverner, c’est prévoir » disait Emile de Girardin. « Gouverner, c’est : faut voir ! » semblent lui répondre nos dirigeants européens, désespérément réactifs face aux attaques des marchés financiers, dont, sans jouer les Nostradamus, on peut légitimement s’attendre à ce qu’elles s’accélèrent tout au long de 2011.

Alors, au moment où tous les experts semblent s’accorder sur les mérites des actions européennes, à l’heure où, à en croire le sondage de Bank of America-Merrill Lynch du mois de novembre, les gérants actions européennes n’ont jamais été autant investis depuis l’été 2007, l’heure n’appellerait-elle pas plutôt de manière contrariante à la prudence pour 2011 ?

Un peu comme les dirigeants d’Adidas ou de Saint Gobain qui, refusant de commenter les perspectives de 2011, viennent de préférer se fixer publiquement des objectifs stratégiques à l’horizon cinq ans plutôt que les trois ans standards… Un peu comme si 2013 pouvait être encore retardée de deux ans ?

 

Source : Les Echos

Classé dans:Infos éco, , , ,

Dette publique: il n’y a pas de honte à faire défaut de paiement

Athènes a choisi la solution la plus douloureuse qui épargne une faillite au pays

 

Il n’y a apparemment pas d’équivalent en français pour «haircut» au sens où l’entend Angela Merkel dans le contexte de la crise irlandaise. Ce mot suggère que les investisseurs renoncent à une partie de leurs créances. Pour avoir prêté des sommes aussi faramineuses – 844 milliards d’euros, soit cinq fois le produit intérieur brut du pays – elles sont, selon la chancelière allemande, coresponsables du drame irlandais.

Ses propos ont trouvé écho en Grèce, autre pays de la zone euro également écrasé par la dette. Le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, a déclaré vendredi qu’«une implication des investisseurs privés dans un mécanisme d’aide à des pays en difficulté aurait du sens».

Assurer la participation des banques au règlement de la crise de la dette implique un défaut de paiement et une négociation de nouvelles conditions de remboursement ou de rééchelonnement. Ce serait une solution pour de nombreux pays européens. Notamment la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande, dont les emprunts dépassent les 100% du PIB alors que les critères de Maastricht fixent la limite à 60%. Pour ces pays et pour bien d’autres, faire un défaut de paiement ne serait pas un déshonneur. S’ils continuent à faire une question de fierté leur capacité à rembourser, pour sauver au passage la confiance dans l’euro, c’est l’entrée garantie dans un cercle vicieux dont il ne sera pas facile de sortir.

La Grèce a choisi de ne pas faire défaut. A chaque échéance, elle émet des obligations à des taux d’intérêt élevés qui font la joie des investisseurs en quête de rendement rapide. Résultat, le pays sera encore un peu plus enfoncé en 2011. Et ce n’est pas la sévère cure d’austérité (suppression d’emplois, montée du chômage, coupes sombres dans les dépenses publiques et gel des chantiers) imposée par le Fonds monétaire international (FMI) qui permettra à son économie de sortir de l’ornière. Ce n’est pas pour rien qu’une majorité d’économistes en Europe et aux Etats-Unis recommandent à la Grèce de faire défaut tant son niveau d’endettement est insoutenable. Selon eux, Athènes sera, tôt ou tard, amené à reconnaître cette réalité.

Athènes a choisi la solution la plus douloureuse, mais qui épargne les créanciers, principalement des banques françaises et allemandes. Celles-ci ont pourtant prêté des milliards sans vergogne et financé l’achat de matériel militaire fabriqué en France et en Allemagne.

Le cas irlandais n’est pas très différent. Ici, ce sont les banques britanniques, allemandes et françaises qui ont prêté des sommes astronomiques, faisant fi des règles élémentaires de gestion des risques. Le déficit budgétaire de l’Etat s’est déjà creusé de 12 à 32% à cause d’une aide de 50 milliards d’euros aux trois banques menacées de faillite. Puisque le problème n’est de loin pas résolu, Dublin s’apprête à emprunter encore entre 40 et 100 milliards d’euros auprès du Mécanisme européen de stabilisation et du FMI. L’opération de sauvetage sera probablement conclue ces prochains jours, avec à la clé un programme d’austérité qui sera imposé à la population.

A moins que ce soit une déclaration à but électoral, Angela Mer kel n’a pas tort lorsqu’elle demande que les banques assument leur part de responsabilité dans le drame irlandais.

Si la Grèce, l’Irlande ou d’autres pays européens venaient à faire défaut, ce ne serait pas une première. Confronté à une situation identique, l’Islande s’est montré réaliste et a obtenu un rééchelonnement en décembre 2008.

L’an dernier, le nouveau pouvoir en Equateur a institué une commission internationale pour auditer la dette du pays. Celle-ci a constaté que de nombreux prêts avaient été accordés sans respecter les règles établies. L’Etat a alors suspendu le remboursement. Après un bras de fer avec les banquiers américains, ce petit pays d’Amérique du Sud a racheté pour un milliard de dollars des titres valant 3,2 milliards.

En 2001, c’est l’Argentine qui avait refusé de rembourser les banquiers qui avaient financé des achats d’armes. Après plusieurs années de bras de fer, ces derniers avaient fini par accepter un «haircut» de 45% de leurs créances. Sans passer par le FMI.

 

Source : Le Temps

 

Classé dans:Infos éco, , ,

La Tribune: histoire du critère des 3% de déficit…

Guy Abeille était chargé de mission au ministère des Finances sous Giscard puis au début de l’ère Mitterrand. Il révèle pour La Tribune comment est né, en France et non en Allemagne, le sacro-saint ratio de 3% du PIB pour les déficits publics. A l’origine, il s’agissait d’imposer la rigueur aux ministres socialistes. Puis cette référence cardinale a fait école, bien qu’elle fut dépourvue du moindre sens économique.

 

Par les temps qui courent, les attentions sont focalisées sur les déficits publics. Il vous intéressera peut-être de savoir quelle est la toute origine du seuil de 3% de déficit public rapporté au PIB – référence devenue cardinale, et critère retenu par le traité de Maastricht.

Je suis un ancien chargé de mission (agent non titulaire de l’Etat : non pas fonctionnaire donc, mais mercenaire) du Ministère des Finances, où, jeune diplômé de l’ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique), je fus en fonction d’octobre 1977 à juin 1982, à la Direction du Budget, 1ère sous-direction (celle des synthèses, les autres étant spécialisées par ministères : justice, armée, etc…).

J’y fus chargé de suivre, analyser et commenter au mois le mois l’exécution du budget de l’Etat, et de fournir tout au long de l’année, et de façon de plus en plus pressante quand approchait la fin de l’exercice budgétaire, la prévision de son solde d’exécution – en l’espèce, de son déficit. Cette mission se concrétisant par la rédaction d’une « note au ministre » mensuelle, révisée et visée par mon chef de bureau et mon sous-directeur (ainsi va l’Administration), puis signée du Directeur du Budget après entrevue avec lui, et adressée au Ministre; de là filant aux cabinets de Matignon et de l’Elysée.

Et en fin d’exercice, nous recevions mandat, selon la météo électorale – c’est à dire explicitement selon l’horizon des plus proches élections -, de jouer des marges de liberté que pouvaient nous ménager quelques zones de flou de la comptabilité publique pour améliorer (ou dégrader si les élections étaient à deux ans) le résultat qui serait pour finir gouvernementalement publié, transbordant donc d’un exercice à l’autre l’impedimentum de telles ou telles recettes ou dépenses miraculeusement devenues migratoires. En réalité, en ces temps rivoliens (dont je n’imagine pas qu’ils ne fussent également révolus…) c’était moi, et moi seul, qui, entre décembre et février (le mastodonte budgétaire, en certains de ses organes, s’étale de deux mois sur l’année suivante), étais officieusement chargé de faire preuve d’inventivité, de sagacité, et de doigté (cela va sans dire), pour établir la liste chiffrée, et manuscrite (rien ne serait imprimé), de ce qu’il était possible de faire; ou de faire encore, car d’année en année nous finissions – moi, et ceux qui d’un goupillon cardinalice, hiérarchique et discret bénissaient mes trouvailles – par griller nos successives cartouches, ne pouvant revenir impunément sur une règle que nous avions nous même hautement, et bruyamment hélas, proclamée l’année précédente parce qu’elle arrangeait la présentation comptable voulue cette année-là par nos ministres. Cela sans autre soutien, on l’aura compris, que l’approbation – orale – donnée par mes autorités (habituellement le mistigri était lestement repassé jusqu’au cabinet du Ministre), et en prenant garde de ne pas faire trop monter le rythme des hoquets ni d’exagérer le niveau des remontrances qui ne manqueraient pas d’être, hoquets et remontrances, émis par la Cour des Comptes – mais deux années plus tard, en fait, au moment de la loi dite de règlement, à laquelle, au vrai, plus personne n’accorderait intérêt. Durant deux mois, ainsi, tout allait son train par téléphone et additions, ou soustractions, sur de petits papiers; et début mars le rutilant résultat bugétaire était porté sur les fonts médiatiques (cela, il faut bien le reconnaître, mais telle est l’incurable myopie politico-technocratique, dans l’indifférence colossale éprouvée par l’électeur de base, pour la financière édification duquel pourtant toutes ces habiletés avaient été tissées).

 

 

L’entrée en déficits

 

J’en viens au seuil magique – pour un peu, chamanique – du déficit à 3% du PIB.

Le premier choc pétrolier se produit à l’automne 1973: quadruplement du prix – la bombe la plus nocive de la guerre du Kippour est celle qui frappe l’économie mondiale. Exit les Trente Glorieuses.

La crainte première est celle du déséquilibre extérieur et de l’inflation: Giscard d’Estaing, tout nouveau Président, y répond par le « plan de refroidissement » Fourcade. Plan qui se traduit par un volontaire et notable excédent budgétaire. Stop and go d’anthologie: le plan de relance Chirac qui le suit en prend le contrepied (un modèle de relance keynésienne, qu’on cite encore dans les écoles). Nous sommes en 1975, les finances publiques viennent d’entrer lourdement dans le rouge. C’était il y a 35 ans. Nul ne le sait encore: la trappe s’est ouverte, elles n’en sortiront plus.

Pourtant, s’il ne tenait qu’à lui, Raymond Barre, qui en 1976 passe aux manettes de l’économie, gèrerait les finances à l’équilibre (on sait combien il aime à se portraiturer en bon père de famille). Giscard d’Estaing, c’est à dire la nécessité électorale (la gauche passe à un cheveu de la victoire en 1978), lui en impose autrement. Même l’exquis soulagement qu’apportent les législatives de mars 1978 ne lui donne pas le loisir de ressaisir ses principes. Car le vent souffle d’ouest, Thatcher et Reagan bientôt seront élus: après l’austérité des années 76-77, l’air se fait libéral (on se souvient des barristes « bois mort » et autres « canards boîteux », comprendre textile, sidérurgie…). Ainsi après un premier tour de piste en début de septennat, arrive pour la fin du mandat la seconde figure du tango économique qu’aura conduit Giscard, accordéoniste télégénique mais de faible renom: un pas sur l’inflation (refroidissement Fourcade, austérité des premières années Barre), un pas sur le chômage (relance Chirac, libéralisation Barre). Le déficit, tenu en 1976 et 1977 en lisière des 25 milliards, bondit en 1978 à un, libéral faut-il croire, 41 milliards de francs. Et voilà que fin 1979 débute le second choc pétrolier. Ainsi, tous les budgets de Giscard (sauf le premier), et de Barre, auront été en déficit. Pour des montants (hormis la relance Chirac, plus massive) légèrement supérieurs à 1% du PIB. Mais en ce temps, nul n’use de cette référence. Ce ratio est absent des esprits; il n’a pas d’existence.

Les dernières années, budgétairement Giscard d’Estaing n’a qu’un point de fixation: ne plus laisser au déficit franchir la ligne des 30 milliards de francs; elle aurait à ses yeux une portée politique. Les deux budgets d’avant la gauche s’y tiennent vaillamment (-31 milliards de francs chacune des années 1979 et 1980); au prix, s’il m’en souvient, d’un art de l’évitement dans la confrontation avec l’écueil comptable, qu’après trois années de pratique à la Direction du Budget, je commence à assez posséder.

 

Arrive 1981

 

Le budget a été présenté avec un déficit de 29 milliards de francs (on reconnaît là la limite fétiche, et un sens du marketing d’étiquette que nous aurons souvent vu à l’oeuvre chez Giscard d’Estaing, dès lors qu’il s’agissait de publier des chiffres – prière d’annoncer, par exemple, que les prix augmenteront de 9,9% et non de 10%). Cependant, dans les quelques mois qui précèdent le vote, la compétition électorale est gagnée par de vives ardeurs, on a des inquiétudes, et tout Barre qu’on soit, il faut bien en accepter les contingences financières collatérales: on n’aurait garde de ne pas s’attacher ceux qui pourraient pencher pour soi, ou bien seraient possiblement tentés de regarder ailleurs; ces saisons ne sont guère propices à une gestion retenue des finances publiques. Et quand, au terme du combat, la gauche tient sa victoire, on n’en est plus à résister sur la ligne des 30 milliards de francs. Sans que rien n’en eût filtré en dehors de nos murs (d’ordinaire le fonctionnaire est loyal), les élections ont fait sauter, sinon la banque – après tout, on n’en est encore qu’à sept années de dette -, du moins le seuil. Je me revois ainsi, au surlendemain de l’élection, enfiler un des longs couloirs du Louvre, dans l’aile Richelieu où depuis cent dix ans comme un coucou nichait le Ministère des Finances (aujourd’hui le marbre ailé d’Apollon poursuivant Daphné a remplacé l’airain terrible du Budgétaire traquant la Dépense stérile), pour donc informer le rond, le gai et l’affablement zézayant Jean-Paul Huchon, chef du bureau Agriculture et Communautés européennes (lier les deux c’est déjà toute une époque), lequel est au sein du Budget un des représentants connus de l’état-major socialiste (adjoint de Rocard à la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, il sera dès le 22 mai, et pour dix ans, son directeur de cabinet), l’informer que le déficit sur lequel il faut tabler, avant même tout geste du nouveau pouvoir, n’est pas en deçà des 30 milliards de francs jusqu’ici proclamés, mais maintenant au delà des 50 milliards: dans les chaleurs pré-électorales, le libéralisme de Giscard et de Barre s’est dénudé en libéralité. Deux mois plus tard, la première loi de finances rectificative socialiste en prendra acte, actualisant le déficit à 55 milliards; et dès le début juin, sans attendre, Laurent Fabius va rendre ce chiffre public.

 

Car le ministre qui nous est dévolu s’appelle Laurent Fabius (un jour, se rappelle-t-on, par souveraine onction présidentielle il en sera fait don, comme Premier Ministre, à la France). Laurent Fabius a obtenu d’inaugurer le titre, jusque là inconnu au bataillon, de Ministre délégué – derechef bruisse dans les couloirs la rumeur, attendrie, qu’il aurait trépigné pour qu’on le distinguât de cette innovation (on ne connaissait jusque là que des Secrétaires d’Etat, le premier des Ministre du Budget dans l’histoire de tous les gouvernements ayant été le prédécesseur de Fabius, Maurice Papon, grand commis de l’Etat – n’importe quel Etat), cela à la seule fin, courte vanité, d’avoir rang de ministre à un âge inférieur à celui de Giscard: Fabius donc sera ministre, délégué hélas! mais ministre tout de même à 36 ans moins trois mois, quand Giscard misérablement ne le fut qu’à 36 ans moins quinze jours… Ce qui lui donne, tout de même, droit de présence aux conseils des ministres, et, car il l’a obtenu, signature des lois de finances sans le ternissant voisinage de Jacques Delors, son ministre de prétendue tutelle.

Nous arrivons fin juin, et s’il y a urgence pour adapter l’action budgétaire à la nouvelle donne, plus grande elle est encore pour préparer le budget de l’année 1982, qui sera la première de plein exercice pour la gauche au pouvoir. Las! malgré l’autorité toute neuve due au Ministre délégué, et à son rang, il nous revient assez vite que, dans l’effervescence de cette aube nouvelle, camarade! et l’inaccoutumance des néo-ministres aux règles de gouvernement, ces derniers multiplient à qui mieux mieux les visites du soir auprès du Président pour plaider in vivo leurs besoins en crédits (or, l’expérience séculaire du Budget montre qu’en réalité il n’existe pas de demandes de crédit qui ne soient authentiquement justifiées – le gouvernement, du moins le budgétaire, commence avec l’art de faire tomber l’oukase du refus). Et, au vu des données qui s’agglomèrent peu à peu sur mon bureau, il apparaît assez vite qu’on se dirige bon train vers un déficit du budget initial pour 1982 qui franchira le seuil, jusque là hors de portée mentale, des 100 milliards de francs, chiffre que les plus intrépides d’entre nous n’auraient même en secret pas osé murmurer.

 

 

Une commande, un soir

 

C’est dans ces circonstances qu’un soir, tard, nous appelle Pierre Bilger (qui à quelque temps de là s’envolera vers Alcatel pour y faire la carrière que l’on sait), devenu le tout récent n°2 de la Direction du Budget à son retour du poste de directeur de cabinet de Maurice Papon (qui Ministre du Budget donc, mais aussi considérablement septuagénaire, s’est acquis dans nos couloirs une manière de fan-club pour ses assoupissements parfaits lors des débats techniques à l’Assemblée Nationale, et ses brusques réveils au profond des séances de nuit, que les plus avertis d’entre nous, ou les mieux pourvus en ancêtres vivants, ont eu tôt fait de diagnostiquer comme la, bien documentée, insomnie du vieillard).

Donc nous voici convoqués, c’est à dire moi-même, et Roland de Villepin, cousin de Dominique, mon camarade de promotion et récent chef de bureau (ce poste est réservé en apanage à ceux qui, comme lui, sont fonctionnaires: il est Administrateur de l’INSEE). Formés à l’ENSAE, nous sommes considérés dans la faune locale comme appartenant à l’espèce, rare au Budget, des économistes (les autres sont des énarques, ces grands albatros de l’administration généraliste), et plus spécialement, car passablement mâtinés de mathématiques (nous sommes des ingénieurs de l’économie, en quelque sorte), de la sous-espèce des économistes manieurs de chiffres – sachant faire des additions, nous plaisante-t-on, en référence, évidemment, aux agrégés-sachant-écrire.

Bilger nous informe en quelques mots du ballet budgétaire élyséen en cours, et il nous fait savoir que le Président a urgemment et personnellement demandé à disposer d’une règle, simple, utilitaire, mais marquée du chrême de l’expert, et par là sans appel, vitrifiante, qu’il aura beau jeu de brandir à la face des plus coriaces de ses visiteurs budgétivores.

 

Il s’agit de faire vite. Villepin et moi nous n’avons guère d’idée, et à vrai dire nulle théorie économique n’est là pour nous apporter le soutien de ses constructions, ou pour même orienter notre réflexion. Mais commande est tombée du plus haut. Nous posons donc, d’un neurone perplexe, l’animal budgétaire sur la table de dissection.

Nous palpons du côté des dépenses, leur volume, leur structure, avec dette, sans dette, tel regroupement, tel autre, ou leur taux d’accroissement comparé à celui de l’économie. Il y aurait bien moyen de détailler à la main quelques ratios consommables, mais tout cela est lourd et fleure son labeur: norme flasque, sans impact, aucune n’est frappante comme une arme de jet, propre à marquer l’arrêt aux meutes dépensières. Nous retournons la bête du côté des recettes: impôts d’Etat sur revenu national? mais les impôts fluctuent avec la conjoncture, plusieurs sont décalés d’un an… Surtout, nous ne pouvons échapper à l’attraction des prélèvements obligatoires, dont la fiscalité d’Etat n’est guère qu’une part : peut-on valablement se cantonner à elle? le débat ne manquera pas de naître, à juste titre, et prendra vite le tour d’un brouhaha technique. Tout ça sera confus et sans force probante, au rebours du principe-étendard que nous avons reçu commande de faire surgir pour ostension publique. La route des recettes est coupée. Une seule voie nous reste: le déficit.

Le déficit, d’abord, du citoyen lambda au Président de format courant, ça parle à tout le monde: être en déficit, c’est être à court d’argent; ou, si l’on préfère, tirer aujourd’hui un chèque sur demain, qui devra rembourser. Ensuite, le déficit a depuis Keynes acquis ses lettres de noblesse économique: il figure vaillamment dans les théories, il est une des plus visiblement opératoires variables des modèles. Lui seul, c’est évident, a la carrure et la netteté pour nous tirer d’affaire. Le déficit ! mais qu’en faire ? à quelle contrainte le plier pour en extraire une norme?

Le coup est vite joué. La bouée tous usages pour sauvetage du macro-économiste en mal de référence, c’est le PIB: tout commence et tout s’achève avec le PIB, tout ce qui est un peu gros semble pouvoir lui être raisonnablement rapporté. Donc ce sera le ratio déficit sur PIB. Simple; élémentaire même, confirmerait un détective fameux. Avec du déficit sur PIB, on croit tout de suite voir quelque chose de clair.

 

 

Un critère douteux

 

Arrivé à ce point, un peu de réflexion s’impose.

On commencera par noter que le déficit est un solde; c’est à dire non pas une grandeur économique première, mais le résultat d’une opération entre deux grandeurs. Ce simple fait, trivial, emporte deux remarques. La première, c’est qu’un même déficit peut être obtenu par différence entre des masses dont l’ampleur est sans comparaison: 20 milliards sont aussi bien la différence entre 50 et 70 milliards qu’entre 150 et 170. Or, et c’est la deuxième remarque, on conviendra qu’il ne peut être tout à fait indifférent à la marche de l’économie que la masse des dépenses et recettes publiques soit d’une certaine ampleur (moins de 35% du PIB, comme aux USA ou au Japon) plutôt que d’une autre, bien plus grande (nettemment plus de 50% comme en France ou dans les pays scandinaves); sans même parler du contenu de chacune des masses: ce n’est pas la même chose d’aspirer un certain volume de recettes avec une TVA à 10% et un impôt sur le revenu montant jusqu’à 80%, qu’avec une TVA à 20% et un impôt sur le revenu de 30% au pire; ou bien encore d’aligner un même volume de dépenses, mais avec 5% de subventions d’investissement dans un cas ou 20% dans l’autre. On voit donc que s’intéresser au déficit en soi, à son montant seul, n’a qu’un sens relatif. Première observation.

La deuxième observation touche à la pertinence du ratio lui-même: ne divise-ton pas des choux par des carottes? Car un déficit n’est rien d’autre qu’une dette: il est le chiffre exact de ce qu’il faut, tout de suite, emprunter, c’est à dire, cigale, aller demander à d’autres; et donc de ce qu’il faudra épargner – au fil des années suivantes – pour rembourser ceux qui auront prêté. Autrement dit, afficher un pourcentage de déficit par rapport au PIB, c’est mettre en rapport le flux partitionné, échelonné des échéances à honorer dans les années futures avec la seule richesse produite en l’année origine. Il y a discordance des temps. Où l’on saisit que le seul critère pertinent est celui de la capacité de remboursement à horizon donné (qui est celui de l’emprunt); laquelle est elle-même fonction, non pas tant du déficit consenti une année donnée, que de la dette globale accumulée – cette année-là, mais aussi celles qui ont précédé et peut-être celles qui suivront – et de la prévision qu’en regard on peut faire des ressources futures, c’est à dire du couple croissance et rendement fiscal. Le reste n’est qu’affichage.

Dernière observation enfin, plus générale: on conçoit bien qu’un déficit n’a pas le même sens économique selon qu’il est purement ponctuel, rupture dans une série d’années à l’équilibre, laquelle sera réabsorbée en une à trois années par la réactivation même de l’économie que ce choc aura provoquée (keynésianisme pur); ou selon qu’à l’inverse il n’est que le morne jalon d’une longue chronique de déficits, courant les décennies, installés, devenus entière partie prenante, mode de fonctionnement même de l’économie, si usuels, si métabolisés, à elle si consubstantiels que c’est le retour à l’équilibre, la désaccoutumance, qui a un effet de choc (du keynésianisme à rebours en somme). Je rappelle qu’en 2010, la France en est à sa… 36ème année de déficit ininterrompu, et donc de dette couche à couche empilée, cumulée – 36 années, bien plus qu’un tiers de siècle -, et dont elle ne pourra mécaniquement se délester d’un coup: à vue humaine il est probable qu’au point où nous en sommes et où en sont les perspectives longues de notre économie, nous finirons par avoir stocké, dans la meilleure des hypothèses, de la dette pendant pas loin d’un demi-siècle, continûment, tenacement, c’est à dire sans avoir jamais commencé de seulement la rogner; laquelle, pour finir, soit sera remboursée (perspective vertueuse, ou bien enchanteresse), soit détruite (par inflation, ou restructuration comme on dit pudiquement), soit plus vraisemblablement aura été traitée par un mixte empirique des deux, c’est à dire fonction des rapports de force dans la partie à trois entre gouvernements, Banque Centrale et marchés.

 

Où l’on aura compris que fixer le projecteur sur le déficit d’une année donnée n’a guère de sens; et que le rapporter au PIB de cette même année lui en fait perdre un peu plus. Le ratio déficit sur PIB peut au mieux servir d’indication, de jauge: il situe un ordre de grandeur, il soupèse une ampleur, et fournit une idée – mais guère plus – immédiate, intuitive de la dérive. Mais en aucun cas il n’a titre à servir de boussole; il ne mesure rien: il n’est pas un critère. Seule a valeur une analyse raisonnée de la capacité de remboursement, c’est à dire une analyse de solvabilité: n’importe quel banquier (ou n’importe quel marché, ce qui revient au même) vous le dira.

Certes; mais la question politique – politique, et non économique – demeure: comment transmuter le plomb d’une analyse raisonnée de solvabilité en l’or apparent d’une règle sonore, frappante, qui puisse être un mot d’ordre? C’est, dans son prosaïsme, la question qui se pose à nous, et l’impossible auquel nous nous heurtons, en ce soir de juin 81.

 

 

Fabriquer une norme

 

Pressés, en mal d’idée, mais conscients du garant de sérieux qu’apporte l’exhibition du PIB et de l’emprise que sur tout esprit un peu, mais pas trop, frotté d’économie exerce sa présence, nous fabriquons donc le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond, jolie chimère (au sens premier du mot), conscients tout de même de faire, assez couverts par le statut que nous confèrent nos études, un peu joujou avec notre boîte à outil. Mais nous n’avons pas mieux. Ce sera ce ratio. Reste à le flanquer d’un taux. C’est affaire d’une seconde. Nous regardons quelle est la plus récente prévision de PIB projetée par l’INSEE pour 1982. Nous faisons entrer dans notre calculette le spectre des 100 milliards de déficit qui bouge sur notre bureau pour le budget en préparation. Le rapport des deux n’est pas loin de donner 3%.

C’est bien, 3% ; ça n’a pas d’autre fondement que celui des circonstances, mais c’est bien. 1% serait maigre, et de toute façon insoutenable: on sait qu’on est déjà largement au delà, et qu’en éclats a volé magistralement ce seuil. 2% serait, en ces heures ardentes, inacceptablement contraignant, et donc vain; et puis, comment dire, on sent que ce chiffre, 2% du PIB, aurait quelque chose de plat, et presque de fabriqué. Tandis que trois est un chiffre solide; il a derrière lui d’illustres précédents (dont certains quon vénère). Surtout, sur la route des 100 milliards de francs de déficit, il marque la dernière frontière que nous sommes capables de concevoir (autre qu’en temps de guerre) à l’aune des déficits d’où nous venons et qui ont forgé notre horizon.

Nous remontons chez Bilger avec notre 3% du PIB, dont nous sommes heureux, sans aller jusqu’à en être fiers. Et lui faisant valoir que, vu l’heure (ça, on ne le lui dit pas) et foi d’économistes, c’est ce qu’actuellement nous avons de plus sérieux, de plus fondé en magasin. En tout cas de plus présentable. Puis nous rentrons chez nous, vaquer. On sait ce qu’il en est advenu.

 

L’envol du 3%

 

Le Franc très vite plonge. Il faut écoper le vaisseau. Mitterrand déleste le budget 1982, en cours de finition (on le présente en septembre), du déficit de 120 milliards où il se propulsait jusqu’à celui de 95 milliards qui sera annoncé, soit bien visiblement moins que le seuil symbolique – chiffon… rouge pour marchés en émoi – des 100 milliards de francs (nos 3% du PIB). Et c’est en août que Fabius, prince soyeux du verbe, pour la première fois dans toute l’histoire de la langue publique universelle (car nul encore nulle part, serait-ce à l’étranger, n’a jamais avancé ce ratio), réfère le déficit au PIB – pour le rendre bénin sans doute, et couvrir sa rudesse d’une gaze savante: car enfin, ces 2,6% du PIB qu’il cite aux journalistes sans s’y appesantir, presque comme en passant, comme une chose qui serait dans les moeurs, et du moins ne saurait inquiéter qui a fait des études et sait de quoi il parle, ces 2,6%, que pèsent-ils au fond, sinon le poids d’une pincée de PIB? – et non la centaine de milliards de francs que rajoutés aux autres il faudra un jour, avant la fin des temps, ou avant la faillite, par l’impôt rembourser.

Mais l’automne déjà, ses bourrasques; et le Franc balayé avec les premières feuilles: il faut dévaluer (dans la govlangue on dit « réajuster »), non sans avoir âprement négocié, négocié et plaidé, comme de juste, comme chaque fois, avec l’Allemagne – l’Allemagne au mark toujours trop fort, à l’inflation trop faible, à l’industrie trop fiable, l’Allemagne, ce modèle irritant et exténuant voisin qui construit sa confiance, interne et externe, comme ses machines-outils et comme ses berlines, sur le long terme, et sans désemparer, sans versatilité, unanime à ne pas tolérer que quiconque jamais y porte une ébréchure, tandis que nous changeons de pied, désunis, impatients et fragiles, plus inquiets d’affirmer une autorité que de faire autorité, plus sensibles à l’effet produit sur le théâtre de l’intelligence qu’à l’effort soutenu dans l’avancée commune.

Dans le combat des influences qui se joue cet automne, Delors reprend la main. Il ose parler de pause (un spectre hante la gauche, celui de Blum en février 37 demandant « une pause nécessaire dans la montée des finances publiques… »). Et il est le premier à faire expressément savoir que le déficit ne doit plus franchir les 3% du PIB, et cela pour l’ensemble des comptes publics (il sera bien le seul à être aussi strict, et précis, et complet). Fabius ne saurait lui abandonner cette paternité, qui est un empiètement et une dépossession. Et d’affirmer hautement, trois semaines plus tard: « Pour le budget, j’ai toujours posé comme règle que le déficit n’était acceptable qu’à condition de ne pas dépasser un montant raisonnable, de l’ordre de 3% du PIB ».

Ici, une station s’impose: ainsi viennent de naître, et, pire, d’infiltrer les esprits comme un contaminant, les notions de « déficit acceptable » et de « montant raisonnable »: tomber en très lourd déficit, cela ne s’analyse qu’en référence à l’année dont on parle et non au parcours d’endettement sur lequel on s’inscrit, et, ainsi myopement circonscrit, ce n’est plus un défaut de ressources qu’il faudra, au plus vite, remonter, c’est un acte par nature conforme à la raison, aux Lumières pour un peu, mais à la condition, bien entendu, car on est aussi l’ennemi pondéré de tout ce qui est excès, qu’on ne rajoute guère à tout ce qu’on doit déjà que, bah, bon an mal an, une centaine de milliards – acceptable, raisonnable… superbes déplacements du sens: ou ce que la langue assouplie à l’ENA fait de la rhétorique d’Ulm.

Dès lors dans les déclarations – Fabius, Delors, Mauroy – le 3% du PIB revient comme une antienne. Il est le phare qui balise la route (quand il n’est guère que le quinquet qui suit la descente à la dette). Tandis que les attaques contre le Franc reprennent de plus belle, et que la préparation du budget 83, sous la pression énervée des ministres, livre des premiers scénarios assez époustouflants (à son plus haut le décompte produit un déficit de 210 milliards de francs), le 3% du PIB, désormais bien en selle, devient le marqueur proclamé, martelé, d’une « politique maîtrisée des finances publiques » – en somme, on peut dévaler la pente de l’endettement sur un cheval qu’on cravache, mais à la condition, raisonnable, qu’il ne s’emballe pas. Le petit calcul discutable, mais malin, et tout de circonstance que nous avons commis un soir d’il y a quelques mois est maintenant devenu une norme publique, qui vaut principe, affiché, assumé, presque revendiqué, pour la conduite du gouvernement. Assurément, un succès assez rare.

Ce calcul, ce principe, il lui reste à recevoir encore, par les voies les plus solennelles, l’onction du Président. C’est chose faite le 9 juin 1982 (après qu’on a durant tout le printemps, venus de l’Elysée, trouvé dans les journaux les mots « directive donnée de 3% du PIB », « consigne impérative de 3% du PIB »); lors de sa seconde conférence de presse du septennat, le Président dans son intervention liminaire déclare: « Le déficit est d’environ 3% et il ne faut pas qu’il dépasse ce pourcentage appliqué au produit intérieur brut. J’attends du gouvernement qu’il respecte – je n’ai pas lieu d’en douter sachant l’engagement du gouvernement tout entier – ce plafond de 3% et pas davantage. » (… sachant l’engagement du gouvernement tout entier : on imagine qu’un ange – armé d’un coupe-coupe budgétaire -, fors Delors, sur les ministres passe).

Le processus d’acculturation est maintenant achevé; on a réussi à déporter le curseur: ce qui est raisonnable, ce n’est pas de voir dans le déficit un accident, peut-être nécessaire, mais qu’il faut corriger sans délai comme on soigne une blessure; non, ce qui est décrété raisonnable c’est d’ajouter chaque année à la dette seulement une centaine de milliards (en francs 1982). C’est cela, désormais, qu’on appelle « maîtrise »: en dessous de 3% du PIB, dors tranquille citoyen, la dette se dilate, mais il ne se passe rien – quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt, dit le proverbe chinois; quand le sage montre l’endettement, l’incompétent diplômé regarde le 3% du PIB.

 

Extension du domaine du ratio

 

Puis un jour le traité de Maastricht parut sur le métier. Ce 3%, on l’avait sous la main, c’est une commodité; en France on en usait, pensez! chiffre d’expert ! Il passe donc à l’Europe; et de là, pour un peu, il s’étendrait au monde.

Sans aucun contenu, et fruit des circonstances, d’un calcul à la demande monté faute de mieux un soir dans un bureau, le voilà paradigme: sur lui on ne s’interroge plus, il tombe sous le sens (à vrai dire très en dessous), c’est un critère vrai. Construction contingente du discours, autorité de la parole savante, l’évidence comme leurre ou le bocal de verre (celui dans lequel on s’agite, et parade, sans en voir les parois): Michel Foucault aurait adoré.

 

Parfois lorsque j’entends, repris comme un mantra, le 3% du PIB, je m’amuse de ce trois que nous avons choisi. Me revient le souvenir du numero deus impare gaudet – le nombre impair plaît à la divinité – qu’on trouve dans Virgile. Et la traduction qu’en donne Gide dans Paludes: le nombre deux se réjouit d’être impair. Et il a bien raison, ajoute Gide.

Le 3% du PIB se réjouit d’être critère… Et il a bien raison.

 

Source : La Tribune

Classé dans:Ce qu’on ne voit pas…, Infos éco, , , , ,

Info Eco : Fitch dégrade la note de l’Irlande

Au lendemain de la mise sous revue de la note du pays par Moody’s, l’agence Fitch a annoncé ce lundi la dégradation de la note de Dublin. A la mi journée, les obligations d’État irlandaises se repliaient.

ans une situation budgétaire préoccupante, l’Irlande a vu ce mercredi sa notation financière être dégradée par l’agence Fitch à « A+ », contre « AA- » jusqu’alors. Dans le sillage de cette annonce, qui intervient au lendemain de la mise sous surveillance de la note du pays par Moody’s, les taux des obligations d’Etat irlandaises se sont tendus, tandis que l’euro a très momentanément marqué le coup face au dollar.

Evoluant en sens inverse des prix, le taux des obligations d’Etat irlandaises à 2 ans augmentait en début d’après-midi de 14 points de base, à 3,74%, tandis que le taux à 10 ans progressait de 6 points, à 6,44%. Dans le sillage de l’annonce, l’euro est brièvement redescendu sous le seuil de 1,38 dollar avant de rebondir aux alentours de 1,3870 dollar.

Recapitalisations massives

« La dégradation de la note de l’Irlande reflète le coût exceptionnel, et plus élevé que prévu, de la recapitalisation des banques irlandaises, notamment l’Anglo Irish », explique Fitch dans un communiqué. Mardi, Moody’s a mis sous revue la note « Aa2 » de l’Irlande, qu’elle avait déjà dégradé d’un cran en juillet dernier. L’agence Dominion Bond Rating Service (DBRS) a également annoncé avoir mis sous revue la note « AA » qu’elle accorde à Dublin.

 

Source : La Tribune

 

Classé dans:Infos éco, , , ,

Un bien triste anniversaire…

Le 4 septembre 2000, le CAC 40 frôlait les 7000 points, un plus haut jamais retrouvé depuis 10 ans…  Pire encore, le gâteau a fondu de presque moitié sur la période pour atteindre 3650 points aujourd’hui, soit une perte de plus de 400 milliards d’euros (les Echos). Comment a-t-on pu en arriver là ? Euphorie des années 2000 pour les uns, avidité extrême des spéculateurs pour les autres, chacun jette sa pierre sur les marchés boursiers et ses apôtres financiers. Mais sont-ils vraiment coupables ?

Dix ans de Crise(s)

Les dix dernières années ont vu se succéder trois grandes crises dont nos économies ont eu du mal à se guérir : la crise internet tout d’abord, qui a vu les investisseurs trop nombreux, engager trop de fonds dans des entreprises sans valeur pour la plupart. Si la crise des « Dotcom » est bien le fait des spéculateurs, qu’en est-il des conséquences qui ont conduit à la crise suivante ?

Face au risque de faillite de beaucoup d’entreprises (notamment de start-up) les autorités américaines ont tenté de rediriger les investissements vers un autre secteur, plus solide : le secteur immobilier. Idée compréhensible à court terme puisque cela évitait d’affronter l’explosion de la bulle internet, mais nous connaissons aujourd’hui les conséquences à moyen terme : un surinvestissement dans l’immobilier et un soutien artificiel de la demande à travers les crédits subprimes… Résulat : une crise financière sans précédent qu’on ne pouvait éviter qu’à condition d’intervenir massivement dans les économies désormais mondialisées. Là encore, nous savons avec quel succès nous avons évité l’éclatement de la bulle subprime ! Il a fallu investir massivement avec l’argent que personne ne possédait. Troisième crise donc, la dette souveraine.

Un enseignement peut-être ?

Quel enseignement tirer de ces dix années de crise ? Les acteurs privés sur les marchés sont certainement responsables de la première bulle internet, en revanche c’est l’intervention des Etats qui a conduit à la création de la bulle financière (Etats Unis principalement) puis à la crise de dettes souveraines qui semble se matérialiser autour d’une bulle obligataire à présent.

Deux choses retiennent alors notre attention : les Etats semblent avoir aggraver la situation d’une part, et les Etats-Unis ont une grande responsabilité d’autre part. Cette deuxième affirmation est d’ailleurs bien connue des politiques français qui ne cessent de se cacher derrière elle pour éviter d’agir.

Mais alors, si tout le monde a été durement touché, pourquoi le CAC a-t-il pris du retard sur ses homologues américains et allemands ? La faute aux spéculateurs girouettes ? Ce serait un peu facile de les accuser en même temps de trop investir et donc d’être à l’origine des crises et de ne pas assez investir (uniquement en France cette fois) !

S’ils refusent d’investir en France, il y a une raison simple : ils sont rationnels et responsables. En effet, pourquoi investir en France alors qu’il n’y a eu aucune amélioration en dix ans ? Pas une leçon n’a été tirée des trois crises ; et ce n’est pas une accusation sans fondement, il suffit d’observer le climat actuel pour s’en convaincre : une politique fiscale qui n’incite pas à entreprendre ni embaucher ; un chômage plus élevé que dans les autres grandes places mondiales et surtout qui ne baisse pas assez rapidement ; et en ces jours de rentrée, comment ne pas ajouter les menaces de grèves nationales ? Pas étonnant alors que les investisseurs se montrent frileux et que par extension les places boursières françaises stagnent.

Happy birthday au pompier-pyromane !

De ce triste constat, nous osons tirer une conclusion rapide et peu reluisante : dix ans de crise certes, mais pas une réforme en profondeur, pas un sacrifice présent pour améliorer la situation future comme l’ont fait les Allemands que nous critiquons tant. Bien sûr, le gouvernement a agi, certains prétendront même qu’il a fait de son mieux, mais chaque mesure a posé les fondements d’une nouvelle crise, plus grave encore et cela ne va pas s’arrêter avec les émissions d’obligations « nécessaires » au financement de la dette publique.

A l’heure de souffler les bougies, une seule certitude se dessine : les bulles se font de plus en plus grosses et la politique champagne a encore de beau jour devant elle…

A lire en complément : Dominique Seux, Chômage : le secret allemand

Classé dans:Ce qu’on ne voit pas…, Infos éco, , , , ,

Austérité, Méga-Rigueur et Etat Providence

La Grande Bretagne se lance dans des mesures de rigueur drastiques, dramatiques diront certains, suivant et dépassant l’exemple de ces voisins européens. Pourtant, on s’aperçoit que derrière les projets de rigueur, c’est-à-dire la volonté d’équilibrer enfin les budgets des Etats, se cachent plusieurs solutions/propositions contradictoires : la Grande Bretagne souhaite élever la TVA, l’Allemagne veut la réduire ; on veut faire participer les retraités à l’effort d’austérité en France, ailleurs on propose de les réintégrer sur le marché du travail… Finalement on note qu’il y a une hésitation sur l’objectif final : équilibrer les budgets ou réduire les dépenses publiques ? Et c’est la raison pour laquelle les gouvernants proposent un « mix » de mesures visant tour à tour à réduire les dépenses et à  augmenter les impôts. Nul doute qu’avec un objectif confus, les débats politiques iront bon train.

S’il est inévitable d’assainir les finances publiques pour éviter la peur sur les marchés financiers, la fuite des capitaux et l’effet d’éviction (une fuite des capitaux privés vers le secteur public), une augmentation de la fiscalité risque de ralentir durablement l’activité, et cela quelle que soit la vision économique que l’on adopte : une augmentation de la TVA ralentira la croissance pour les keynésiens, tandis qu’elle ralentira les investissements et réduira la compétitivité pour les néo-classiques. Alors quoi ? Tout le monde a raison et on ne peut sortir du piège des dépenses publiques sans abandonner la croissance ?

En réalité, le problème est plus vaste : cette crise actuelle est liée à la crise financière mais couvait depuis longtemps, la crise des subprimes n’a finalement fait que révéler les défaillances structurelles de nos systèmes. Pour soutenir un Etat Providence, il faut toujours plus d’actifs que d’inactifs. A mesure que la part d’actifs diminue proportionnellement aux inactifs et particulièrement au nombre de personnes âgées, le système devient de plus en plus insoutenable.

Alors comment faire ? Est-ce possible d’augmenter le nombre d’actifs pour soutenir l’Etat Providence ?

Oui, c’est possible. Combien d’hommes et de femmes désirent entrer dans nos économies ? Combien d’étrangers sont prêts à travailler dans nos pays ? Pour retrouver un système soutenable, il faut ouvrir nos frontières encore davantage, mais pas n’importe comment.

Souvenons-nous que la croissance est possible s’il existe des individus prêts à travailler pour consommer et des entrepreneurs prêts à produire pour faire du profit. Ainsi, ouvrir les frontières sera la bonne solution à deux conditions : i) redonner l’incitation aux entrants, comme aux personnes déjà présentes d’ailleurs, à travailler et cela passe inévitablement par une baisse des aides sociales qui incitent les hommes et femmes à sortir durablement du marché du travail ; ii) réduire la fiscalité sur les entreprises afin qu’elles élargissent leurs opportunités d’investissement et donc produisent et embauchent davantage. Ce n’est qu’à ces conditions que les défaillances structurelles de nos économies disparaitront.

Finalement, l’enjeu ne porte pas sur la mise en place d’un plan de rigueur immédiat mais sur une révolution idéologique profonde : pour faire survivre nos Etats et donc nos pays, il faut moins d’interaction entre l’Etat et le marché. Le plan de rigueur, s’il doit être mis en place, ne devra pas représenter un quelconque équilibre des finances publiques d’ici dix ou vingt ans pour laisser ensuite la liberté à nos gouvernants d’intervenir à nouveau, mais bel et bien la fin de l’Etat Providence.

A lire en complément : Trappe à dette, le risque qui dépasse de loin celui de la grande récession (Blog à Lupus)

Classé dans:Ce qu’on ne voit pas…, Infos éco, , , , , ,

La dette grecque tombée au rang de «pourri»

Moody’s a dégradé de 4 niveaux les titres d’Athènes

L’agence de notation Moody’s a abaissé lundi soir, après la fermeture des places boursières, la note de la Grèce de quatre crans. Elle passe de «A3» à «Ba1», la reléguant à son tour dans la catégorie spéculative, ce qui reflète un risque de non-remboursement de sa dette publique. Les financiers parlent de titres «pourris» (junk).

La note Ba1 reflète «les risques liés au plan de sauvetage mis en place par les pays de la zone euro et le Fonds monétaire international», a expliqué Moody’s dans un communiqué. L’agence avait prévenu en mai qu’elle pourrait reléguer la note de la Grèce en catégorie spéculative.

En accord avec S & P et Fitch

«C’est un abaissement significatif», a réagi le stratégiste obligations de Morgan Stanley Smith Barney à New York. Interrogé par Bloomberg, il estime cependant que «ce n’est pas une surprise».

Après avoir atteint le sommet de 12,5% début mai, le taux des obligations grecques à dix ans reste supérieur à 8% (8,339% hier soir), et bien loin des 2,6% pour l’Allemagne. Depuis plusieurs séances, le taux des emprunts de la France s’inscrit en hausse. A échéance 10 ans, il s’établissait lundi à 3,094%, contre 2,85% il y a trois semaines, signe d’inquiétude dans la zone euro.

La Grèce a déjà subi des baisses de notation par les deux autres agences. Elle est notée BB+ par Standard and Poor’s, qui la range aussi dans les investissements «spéculatifs», et BBB– par Fitch.

Source : Le Temps

Classé dans:Infos éco, , ,

Le paradoxe de la politique française

Marc de Scitivaux, invité ce matin sur BFM Radio soulevait un point important à propos de la politique économique française. Pour rééquilibrer les comptes de l’Etat, il y a deux possibilités : baisser les dépenses ou augmenter les impôts. Malheureusement, ces deux moyens ne sont pas synonymes d’un point de vue économique. En effet, s’ils aboutissent au même résultat sur un plan comptable, ils ne créent pas les mêmes incitations pour les individus sur les marchés. La baisse des dépenses est douloureuse pour l’Etat mais ne va pas directement changer les comportements des hommes et femmes du secteur privé alors que la hausse des impôts limitera les investissements et le pouvoir d’achat, ce qui ralentira la reprise. Le problème selon Marc de Scitivaux est le suivant : économiquement, il est indéniable qu’une baisse des dépenses publiques est bien supérieure à une hausse des impôts, mais socialement cela sera ressenti comme un cadeau fait « aux riches » qui ne contribueront pas à hauteur de leur moyen aux erreurs des politiques français.

La tentation d’augmenter les impôts est donc d’autant plus forte que la France continue de bénéficier d’une image « saine » sur les marchés financiers qui lui permet de s’endetter à des taux faibles (environ 3%). Il faudra donc que nos gouvernants se montrent forts pour résister aux sirènes de l’endettement et aux tentations d’augmenter les impôts.

A ce sujet, Olivier Provost ajoutait que le gouvernement commence déjà à céder, en adoptant une position schizophrène : baisser la dette d’une part en promettant de ne pas augmenter les impôts mais « mettre une coup de rabot » dans les niches fiscales dans le même temps. Ainsi, alors que des niches fiscales sont intégrées dans toutes les décisions de l’Etat (Grenelle, restauration etc…) au point de dépasser les 400 niches aujourd’hui, on propose de les réduire brutalement sans penser aux incitations que cela va créer…

Sortir de ce paradoxe semble être le nouveau défi des gouvernements qui devront prendre en compte l’impact de leurs décisions sur les stratégies des entreprises et acteurs du marché s’ils ne veulent pas se retrouver pris en otages par « les spéculateurs » et de fait, piégés dans une spirale de stagnation économique.

Pour résumer, les gouvernants doivent comprendre que « lon vit la crise la plus grande depuis la chute du Mur de Berlin car les Etats Providence seront mis en faillite s’ils se financent par la dette. » (Marc de Scitivaux)

Classé dans:Soyons clairs !, , , ,

A lire absolument : Europe’s three great delusions

The continent’s leaders have still not grasped how much they need to do to save the euro

May 20th 2010 | From The Economist print edition

IT HAS been another turbulent week for the euro.

Investors have pondered the €750 billion ($950 billion) rescue plan devised by euro-zone finance ministers—and remain nervous (see article). The euro has fallen sharply. Fears that the rescue plan will not be implemented may grow. But the real worry is that the time the plan should buy may be wasted as a result of three delusions which have overtaken European leaders.

The first is shoot-the-messenger syndrome. Too many European politicians lay all the blame on speculators, hedge funds, rating agencies and the rest for “unwarranted” attacks on the euro. Such thinking has informed Germany’s decision to ban “naked” short-selling of government bonds. The German regulator itself admits that this practice played little part in the Greek mess. The ban will apply only in Germany, whereas most short-selling happens in London. If it has any impact at all, it will merely make it harder to sell government bonds.

The decision in Brussels to push through tough rules on hedge funds and private equity reflects an equally gormless view that such firms caused the financial crisis (see article). Nobody can deny that financial regulation needs to be improved. But to attribute the woes of euro-zone government-bond markets solely to evil speculators is dangerously misguided. In fact, investors everywhere (not least at home) have woken up, belatedly, to the extreme fiscal vulnerability of some euro-zone countries—and are now forcing budget cuts.

The second delusion might be termed excessive faith in shock-and-awe. Although the euro’s rescue plan took weeks to devise, €750 billion is an undeniably big number. The European Commission’s president, José Manuel Barroso, claimed it showed the euro zone would do “whatever it takes” to defend itself. Even less troubled euro-zone countries like Italy are pushing new fiscal austerity. Yet for Greece, faith in shock-and-awe seems misplaced. Even if it does everything it has promised (and it may well not), Greece will end up with public debt over 150% of GDP and at best meagre growth prospects. In truth, Greece’s debt problem is one of insolvency, not illiquidity—and insolvency cannot be rectified by piling on more debt, however shocking and awesome the amount. Instead, euro-zone governments and regulators should start planning now for an orderly debt restructuring, including the imposition of losses (“haircuts”) on banks that hold Greek debt.

Burying Greek busts

The third and most disturbing delusion is that deeper structural reform is not necessary; everything will be fine if only Greece and other euro-zone laggards cut their budget deficits. Several notorious fiscal reprobates are promising Angela Merkel that they will whip themselves into line. This is both masochistic and cowardly. On the one hand, sharply reducing demand in economies that are recovering only weakly from recession may cause much unnecessary pain. But an obsession with fiscal discipline may also be an excuse for politicians to run away from tackling Europe’s chronic imbalances and the loss of competitiveness in southern Europe.

Greece, Spain and Italy all made strenuous efforts to qualify for the euro. But once in, they relaxed and gave up the tiresome business of pushing through reforms to enhance competition, hold down labour costs and boost productivity. In fact their loss of monetary and exchange-rate flexibility makes these reforms more pressing—as the euro crisis has underlined. It also makes it imperative that Germany do more to boost domestic demand. How sad that most euro-zone governments still do not seem to get it; how pathetic that they cover their ignorance by blaming hedge-fund managers in London.

Classé dans:Infos éco, , , , , ,

RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…