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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Rigueur vs. Croissance, mais qui a raison ?

Les économistes sont retombés dans le débat opposant Keynes et Hayek, qu’on croyait réglé dans les années 1950-60.

Lorsque l’économie va mal, faut-il intervenir massivement pour relancer la croissance (ce qui a été fait tout au long de l’année dernière) ou au contraire maîtriser les dépenses publiques et assainir l’économie pour qu’elle reparte sur des bases nettes (ce que les gouvernements veulent faire).

Une chose est sûre, si l’on est cohérent, on ne passe pas de l’une à l’autre en l’espace d’un an !

Mais bon, inutile de revenir sur le manque de logique des gouvernants, regardons plutôt ce qu’on doit faire dans la situation actuelle.

Ce qu’on doit faire, et ce n’est pas idéologique, c’est ce qui nous permet de sortir de cette crise. Ici, deux camps s’opposent fermement. D’un côté Stiglitz, prix Nobel très critique à l’égard du marché, de l’autre, les économistes dits « libéraux », très critiques à l’égard de l’Etat. L’opposition porte sur une question de priorité : faut-il prendre le risque d’augmenter les déficits publics pour soutenir une faible croissance ou réduire ces déficits au risque de détruire la croissance ?

Premièrement, autant le dire tout de suite, Stiglitz a raison, et avec lui, l’ensemble des suivants de Keynes ! Une politique de rigueur, implique une augmentation des prélèvements, une baisse des dépenses publiques et donc un ralentissement de l’activité. Alors oui, adopter une politique d’austérité (c’est le nom politiquement correct de la rigueur semble-t-il) va ralentir l’activité pendant un certain temps, particulièrement dans des pays où l’Etat Providence représente une part importante de l’économie nationale.

Faut-il en conclure que le débat est tranché ? Et bien non, car cela Hayek et Keynes le savaient déjà et pourtant ils n’ont cessé de s’opposer (en réalité, ils ont cessé de s’opposer en 1937, lorsque Keynes s’est rapproché d’Hayek, mais cela est une autre histoire). Alors pourquoi le débat continue ?

Pour une raison simple : la rigueur réduit les déficits publics et redonne confiance aux investisseurs étrangers qui apportent les fonds nécessaires aux investissements. Deuxièmement, l’Etat en limitant son implication dans l’économie laisse davantage de libertés aux entreprises privées qui vont profiter de la place vacante, embauchant donc davantage et utilisant les nouveaux profits pour produire plus efficacement. Enfin, une croissance résultant de l’activité privée est encadrée par les consommateurs et les investisseurs, forçant les entreprises privées à produire des biens adéquats aux désirs des consommateurs tout en limitant leurs dépenses.

Ainsi, une politique de rigueur assainit les marchés, et entraine à long terme, une restructuration de la croissance (tirée par le privé et non le public), un « potentiel de compétitivité » et une obligation d’innover pour les entreprises. C’est d’ailleurs ce que montrent les travaux empiriques du NBER.

Alors qui a raison ? Les deux courants, seulement ils ne se focalisent pas sur le même horizon temporel. Stiglitz et les néo-keynesiens se fondent sur des modèles de court terme dans lequel l’Etat a un rôle économique fondamental, donc ils aboutissent naturellement à la conclusion que la rigueur entraine une perte de croissance à court terme. Leurs opposants observent les évolutions des marchés à long terme et concluent naturellement qu’à long terme, la rigueur favorise la croissance. Le choix dépend donc de la période qu’on favorise… Espérons que nos gouvernements privilégient l’horizon économique au cycle électoral…

En complément : Rapport Champsaur-Cotis « Rapport sur la situation des finances publiques »

A lire, l’étude empirique du NBER, Reinhart & Rogoff « Growth in a time of Debt » 2010, dans laquelle les auteurs montrent qu’une dette supérieure à 90% du PIB entraine une baisse structurelle de croissance très importante.

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D’une bulle à l’autre, les délices de la politique champagne !

Pour fêter le livre de Nouriel Roubini (Economie de Crise), il serait peut-être de bon ton de développer un peu cette idée de bulles économiques.

Un concept flou mais pourtant pas si compliqué à comprendre, et tellement important pour anticiper les conséquences des politiques actuelles.

Pour saisir l’essence du concept, deux choses à garder en tête : premièrement, les hommes et femmes répondent aux incitations données par les institutions, c’est-à-dire que les institutions (politiques, économiques, sociales) font les incitations des individus qui font elles-mêmes les comportements et ce sont ces comportements qui aboutissent aux résultats qu’on observe dans la société. Ainsi, on ne peut comprendre une situation donnée simplement en observant la société ou le marché à un moment donné. Il faut toujours et avant tout tenir compte des institutions qui régissent les vies des gens.

Deuxièmement, les prix ont un sens. Un prix se fixe sur un marché selon les préférences des individus, la quantité de biens demandée et la quantité offerte par les producteurs qui dépend elle-même des capacités des entreprises. On peut donc dire que le prix reflète l’ensemble des goûts et capacités de la société, il est un symbole essentiel au bon fonctionnement du marché. Lorsque le prix augmente, c’est que les consommateurs veulent davantage de ce bien et cela incite de nouvelles entreprises à entrer sur le marché pour profiter de cette hausse de prix…

Que se passe-t-il alors quand les prix sont artificiellement modifiés ? Les producteurs font de mauvaises anticipations. Si le prix est artificiellement haut, ils pensent que la demande est grande et décident d’entrer sur le marché. Ils vont investir (engager des fonds qu’il faudra rembourser) pour produire plus et s’apercevront ensuite  que personne ne veut ces biens excédentaires. Ils ne pourront donc pas rembourser leurs investissements et feront faillite. C’est ce que Hayek appelait l’Effet Accordéon (Concertina Effect), car l’économie se détend artificiellement puis se contracte avec les faillites des entreprises trop nombreuses sur un marché.

Lorsque les entreprises ont sur-investi dans les valeurs informatiques (la fameuse bulle internet), les gouvernants des Etats-Unis ont tenté d’éviter l’éclatement de cette bulle. Craignant des faillites inéluctables (les entrepreneurs étaient trop optimistes), ils ont faciliter la création immobilière, en baissant les taux d’emprunt pour les entreprises et les ménages désireux d’acheter de l’immobilier. Ce fut le début de la crise des subprimes… En effet, en trichant sur un prix (ici le taux d’emprunt, qui n’est rien d’autre que le prix qui se fixe sur le marché des fonds prêtables, c’est-à-dire entre les personnes voulant emprunter et celles ayant de l’épargne), on a modifier les incitations des acheteurs et des investisseurs. On a alors produit trop d’immobilier par rapport à ce que pouvaient acheter les ménages américains. Quand les Américains s’en sont aperçus, les entrepreneurs ne pouvaient plus rembourser leurs investissements, ce fut l’éclatement de la bulle immobilière créée par l’Etat Américain pour éviter la bulle internet. C’est ça la politique champagne ! On passe d’une bulle à l’autre.

Et bien, c’est ce que nous prédit Nouriel Roubini (qui rappelons le, avait déjà prévu la crise des subprimes) pour les années à venir. La raison est toujours la même. En conservant des taux d’intérêt faibles dans les plus grandes places mondiales (US, UE), on incite les entrepreneurs à investir et à court terme, cela va créer de la croissance. Mais cette croissance sera fictive puisqu’on va produire alors que personne ne peut acheter ces nouveaux biens. Et hop ! Nouvelle bulle, nouvelle crise…

Cela doit nous amener à une conclusion fondamentale : chaque fois qu’il y a intervention publique dans l’économie, elle doit être mûrement réfléchie et jamais motivée par la volonté de « réorienter » l’investissement dans un secteur moins risqué ; sans quoi on ne fera que passer d’une bulle à l’autre, bulles devenant de plus en plus grosses jusqu’à ce qu’elles éclatent : la fatalité de la politique champagne…

A lire en complément : Le Blog à Lupus

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RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…