Iconomie

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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

Y a comme un problème…

Monétarisme ou Keynesianisme?

Jean Marc Vittori soulignait ce matin dans les Echos la faiblesse du ratio dette/PIB comme indicateur de la santé d’une économie et laissait penser, fort logiquement, qu’un ratio comparant un stock (une dette) -sans tenir compte de sa structure qui plus est – à un flux (production nationale) ne pouvait pas permettre aux investisseurs étrangers d’être confiants dans l’avenir des pays européens. Mr Vittori n’est pas le premier à dire cela; et nous avions déjà évoqué l’erreur de ce ratio et les dangers qui en découlent (ces fameux 3% de Maastricht qui ne veulent rien dire dès que la croissance passe sous les 5%); mais il semble mettre un voile sur un phénomène plus grave qui expliquerait sans doute aussi bien la méfiance actuelle des investisseurs: les politiques économiques européennes comme américaines sont en plein paradoxe et n’obéissent ni à la logique keynesienne (pourtant mise en avant par tous les partisans de la relance et du sauvetage des banques) ni à la logique monétariste friedmanienne (qui est le fondement des politiques de rigueur).

Keynes en son temps (jusqu’en 1936 dirons-nous puisqu’il admit son erreur en 1937… mais passons) expliquait déjà qu’une politique de relance ne pouvait fonctionner qu’en actionnant les deux leviers budgétaires et monétaires, ainsi il fallait des taux faibles (ce que l’on a) mais aussi des dépenses publiques fortes et orientées vers l’investissement (sic!). Or les hommes et femmes présents sur les marchés financiers aussi bien que sur ceux de l’immobilier et des biens et services n’ont pas accueilli la relance avec l’enthousiasme attendu, car ils ont anticipé que les dépenses d’aujourd’hui sont les impôts de demain. En bref, ils ont refusé d’être soumis à « l’illusion monétaire « de Keynes. Ce n’est pas la première fois que cela arrive, la stagflation avait vu mourir les théories keynesiennes pour les mêmes raisons. Cependant, à la différence des actions menées lors des crises précédentes, les gouvernants s’entêtent dans une politique schizophrène: garder des taux bas pour favoriser les investissements et la consommation mais réduire toutes les dépenses publiques pour ne pas effrayer les marchés et éviter la faillite. Voilà une mixture au goût amer puisque la relance se voit amputée de son meilleur atout (l’effet multiplicateur) alors que la rigueur perdra de son effet en permettant aux investisseurs de se lancer dans les activités les plus risquées, faute de mieux dans une période aussi morose.

Le résultat sera donc inefficace peu importe le camp et la doctrine économique: peu de croissance donc peu d’emploi et en même temps de l’inflation (grâce aux taux faibles souhaités par les Etats endettés). Dès lors comment espérer autre chose que de la méfiance de la part des investisseurs, réel moteur de la croissance?

Rappelons une chose essentielle, les mécanismes économiques sont complexes car ils ont pour objets les individus, ce qui veut dire qu’une politique ne peut fonctionner que si elle est cohérente aux yeux de ces mêmes individus. Ainsi, le premier pas vers la reprise doit être de résoudre ce paradoxe dans la politique économique, Messieurs les politiciens, faites un choix, et faites le vite!

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E. Garessus : Réduire les dépenses publiques pour accroître le PIB?

La confiance des citoyens joue un rôle majeur dans la transmission d’une politique économique à travers le multiplicateur fiscal. Aujourd’hui, la dette publique est si élevée que le doute est légitime sur la capacité du système à éviter une crise. La recette keynésienne ne marche plus

Angela Merkel a-t-elle tiré les leçons de l’absence de crédibilité de gouvernements qui n’appliquent pas les traités qu’ils ont signés? Les programmes d’austérité vont-ils aggraver la situation comme le prétend le Nobel d’économie Paul Krugman?

La théorie économique dont Paul Krugman se fait l’apôtre soutient que la réduction des dépenses publiques accroît le chômage, réduit les recettes fiscales et aggrave finalement les déficits. Ce courant de pensée keynésien a dominé la politique économique depuis huit décennies. Mais la crise jette une lumière crue sur ses limites.

Ce modèle s’appuie sur ce que l’on appelle le multiplicateur fiscal. C’est un peu technique, mais il est nécessaire de l’expliquer. Ce multiplicateur est de 1 lorsqu’un pays qui accroît les dépenses publiques de 1% augmente le PIB de 1%. L’effet n’est pas automatique. Le multiplicateur varie considérablement. Il peut même être négatif. Dans ce cas, une augmentation des dépenses publiques conduit à une contraction économique. Une telle situation peut se produire si un pays souffre d’un grave déficit public, accompagné d’un doute majeur sur la gestion du gouvernement et d’un risque d’inflation. A l’inverse, si le public est convaincu des besoins d’un plan d’austérité, une baisse des dépenses publiques peut provoquer une hausse du PIB. L’expérience s’est produite en Irlande de 1983 à 1986 et au Danemark de 1987 à 1989, selon le professeur Steve Hanke, de la Johns Hopkins University. La confiance du public joue en effet un rôle sous-estimé par les keynésiens. Aujourd’hui, face à l’étendue des déficits et des dettes publiques, une politique raisonnable du gouvernement et un budget équilibré peuvent donc restaurer la confiance, inciter à investir et soutenir la croissance.

Une situation semblable s’est déjà présentée dans les années 1980. Après avoir longtemps cru que la prospérité et le bien-être étaient liés à la hausse des dépenses publiques et de la sécurité sociales, le chômage et l’inflation des années 1970 ont fait l’effet d’un choc. Ronald Reagan a très bien analysé ce malaise et promis un retour de la prospérité en limitant la taille de l’Etat, ainsi que le montre John Samples dans son ouvrage1. «Le gouvernement n’est pas la solution. Il est lui-même le problème», lança Reagan. Mais il n’a de loin pas été le révolutionnaire qu’on imagine. Son «redressement historique» s’est traduit par une baisse de 4,7% des dépenses publiques dans son premier projet de budget. Rien de draconien! Reagan n’était pas davantage un idéologue: il a été élu sur un programme destiné à accroître la prospérité en limitant l’Etat et non pas sur une plate-forme en faveur de la liberté individuelle. Son mérite a été de casser une tendance. Si la courbe des dépenses publiques s’était poursuivie au même rythme que les 30 années précédant Reagan, la taille de l’Etat américain serait de 25% supérieure aujourd’hui. C’est pourquoi Samples affirme que Reagan «a sauvé l’ancien régime» étatique en le réformant.

L’Allemagne d’Angela Merkel est également une réformatrice. Mais n’exagérons rien. Contrairement au langage employé, le gouvernement n’épargne pas. Epargner signifie que les revenus dépassent les dépenses. L’Allemagne n’épargne pas mais réduit son déficit dès 2011 de 0,5% du PIB par an. Les économies de 80 milliards d’euros marquent certes un niveau historique. Mais en 2013 l’Etat restera encore en déficit à la hauteur admise par le pacte de stabilité. La gauche emploie le mot de «Kaputtsparen». Le trou sera uniquement un peu moins grand. Qui rappelle que les dépenses du gouvernement allemand ont augmenté de 25,6% entre 2005 et 2010? Qui explique que les dépenses sociales mangeaient 27% du budget allemand en 1990 et qu’elles absorbent la moitié du budget en 2010? Les dépenses de santé ont explosé de 350% en cinq ans! Quelle hypocrisie de la gauche lorsqu’elle crie au démantèlement social! La dette publique allemande atteint 10 000 milliards d’euros. Le public est conscient de la nécessité d’un changement de cap.

Le programme allemand est d’ailleurs bien inférieur au fitness grec qui représente 12% du PIB. Un chiffre effectivement impressionnant. En Suisse, l’ensemble des dépenses de la Confédération atteignent 12% du PIB. De fait, de tels plans de limitation de l’Etat ne sont pas nouveaux en Europe. Au cours des 30 dernières années, 12 pays ont effectué de vastes ajustements sur une période de cinq ans, selon un récent document de travail de Daniel Gros et Cinzia Alcidi, du CEPR. La Grèce elle-même n’y a pas échappé. Entre 1989 et 1994, l’assainissement du budget correspondait à 10,8% du PIB. De vastes coupes dans les déficits ne sont donc pas impossibles. L’ajustement s’effectue généralement par une hausse d’impôts dans les pays du Sud, y compris la France (1993-1997), et plutôt par la baisse des dépenses publiques dans le Nord. Le programme Merkel s’inscrit dans la tendance. Toutefois, l’étude indique que les plans d’austérité se traduisent par une hausse de la dette publique.

La solution ne peut effectivement être durable uniquement si un pays accepte l’économie de marché et attire les investisseurs. Or la Grèce est 109e au classement 2010 de la Banque mondiale sur la facilité de faire des affaires. La Grèce est 147e pour la compétitivité du marché du travail. La France est 155e, derrière le Soudan. Et l’Allemagne est 158e!

La crise économique peut être une opportunité si l’on comprend que la prospérité ne peut venir ni de la politique budgétaire ni de la politique monétaire. L’Etat doit se contenter de tenir son ménage en ordre et laisser l’initiative à la société civile. Ainsi peut revenir la confiance et la croissance.

1. The struggle to limit government, John Samples,
Cato Institute, 342 pages

Emmanuel Garessus, le Temps du 09 juin 2010

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Paul Krugman, la béatitude keynésienne

Le Prix Nobel expliquait ce jeudi à Interlaken le comportement que devait adopter les institutions européennes pour sortir de la crise. Selon lui, la BCE doit remonter ces taux d’intérêt lentement et surtout procéder « à une expansion massive de son bilan » en rachetant les titres trop risqués et à valeur trop faibles des PIIGS qu’il renomme par ailleurs « GIPSI » (sic !).

On comprend le raisonnement de Mr Krugman : la BCE va jouer le rôle de sauveteur, de prêteur en dernier ressort pour permettre aux Etats endettés de dépenser des fonds publics afin de relancer la croissance du pays. Le mécanisme est simple, l’Etat s’endette aujourd’hui pour injecter de la monnaie dans l’économie et cet excédent monétaire va être investi puis réinvesti en cascade dans l’ensemble des secteurs industriels puis tertiaire. C’est l’effet multiplicateur cumulé d’ailleurs à l’effet accélérateur. Fort bien.

Cependant, Mr Krugman oublie de nous expliquer sur quelle hypothèse repose cette politique simple et si efficace : la bêtise des gens ! Ou pour utiliser le terme économique consacré : l’illusion monétaire et la vision court-termiste des individus. En effet, pour que cela fonctionne, il faut que les hommes et femmes sur le marché se contentent d’utiliser l’excédent monétaire sans jamais se demander d’où il vient et comment il sera remboursé. Par ailleurs, il faut que les investisseurs et spéculateurs étrangers ne se posent aucune question quant à la situation financière de la BCE et aux risques d’inflation que présente une telle politique. Bref, il faut qu’ils n’observent que le présent et soient motivés par le gain immédiat et pire, le gain en valeur nominale (plus d’argent) et non le gain réel (un pouvoir d’achat de la monnaie plus faible du fait des risques et de l’inflation).

Malheureusement, nous avons vu dans les années 1970 que les gens ne sont pas bêtes, qu’ils s’adaptent et anticipent les changements futurs. Bien sûr, ils commettent des erreurs, mais la vérité est là : ils s’intéressent à l’avenir. Dès lors, deux phénomènes apparaissent.

1. La perte de confiance des acteurs sur les marchés financiers

Les spéculateurs s’interrogent sur la façon dont la BCE va « digérer » les achats de titres qui n’ont pas de valeur. Dès lors, ils demanderont des garanties plus élevés pour acheter des titres en euros, ou se montreront réticents à échanger des devises contre de l’euro. On retombe alors dans le piège de la chute de l’euro. (voir Pile je gagne, face tu perds!)

2. La création d’un comportement « opportuniste » pour les Etats endettés

Les Etats les plus endettés de la zone auront alors la garantie que peu importe leur comportement, ils seront sauvés par les pays de la zone ou par la BCE directement. Dès lors, un jeu pervers va naître entre les Etats de la zone. (voir FME et Loi de Gresham)

La BCE se retrouvera alors coincée avec des actifs sans valeur qu’elle aura pourtant acheté ! En réalité, elle aura donc simplement créer de la monnaie. Si les hommes et femmes sur les marchés s’en aperçoivent, ils le prendront en compte en considérant que ce n’est pas la richesse de la zone qui a changé mais simplement le nombre de pièces et de billets, c’est le début de l’inflation ou à tout le moins, de la perte de confiance des acteurs économiques dans l’euro.

En définitive, s’il existe quelques individus capables de comprendre ce que font les Etats et les institutions européennes, il semble que les prendre une fois de plus pour des idiots ne soit pas la bonne solution…

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RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…