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Les faits de société à travers le prisme de l'économie…

A lire absolument : Europe’s three great delusions

The continent’s leaders have still not grasped how much they need to do to save the euro

May 20th 2010 | From The Economist print edition

IT HAS been another turbulent week for the euro.

Investors have pondered the €750 billion ($950 billion) rescue plan devised by euro-zone finance ministers—and remain nervous (see article). The euro has fallen sharply. Fears that the rescue plan will not be implemented may grow. But the real worry is that the time the plan should buy may be wasted as a result of three delusions which have overtaken European leaders.

The first is shoot-the-messenger syndrome. Too many European politicians lay all the blame on speculators, hedge funds, rating agencies and the rest for “unwarranted” attacks on the euro. Such thinking has informed Germany’s decision to ban “naked” short-selling of government bonds. The German regulator itself admits that this practice played little part in the Greek mess. The ban will apply only in Germany, whereas most short-selling happens in London. If it has any impact at all, it will merely make it harder to sell government bonds.

The decision in Brussels to push through tough rules on hedge funds and private equity reflects an equally gormless view that such firms caused the financial crisis (see article). Nobody can deny that financial regulation needs to be improved. But to attribute the woes of euro-zone government-bond markets solely to evil speculators is dangerously misguided. In fact, investors everywhere (not least at home) have woken up, belatedly, to the extreme fiscal vulnerability of some euro-zone countries—and are now forcing budget cuts.

The second delusion might be termed excessive faith in shock-and-awe. Although the euro’s rescue plan took weeks to devise, €750 billion is an undeniably big number. The European Commission’s president, José Manuel Barroso, claimed it showed the euro zone would do “whatever it takes” to defend itself. Even less troubled euro-zone countries like Italy are pushing new fiscal austerity. Yet for Greece, faith in shock-and-awe seems misplaced. Even if it does everything it has promised (and it may well not), Greece will end up with public debt over 150% of GDP and at best meagre growth prospects. In truth, Greece’s debt problem is one of insolvency, not illiquidity—and insolvency cannot be rectified by piling on more debt, however shocking and awesome the amount. Instead, euro-zone governments and regulators should start planning now for an orderly debt restructuring, including the imposition of losses (“haircuts”) on banks that hold Greek debt.

Burying Greek busts

The third and most disturbing delusion is that deeper structural reform is not necessary; everything will be fine if only Greece and other euro-zone laggards cut their budget deficits. Several notorious fiscal reprobates are promising Angela Merkel that they will whip themselves into line. This is both masochistic and cowardly. On the one hand, sharply reducing demand in economies that are recovering only weakly from recession may cause much unnecessary pain. But an obsession with fiscal discipline may also be an excuse for politicians to run away from tackling Europe’s chronic imbalances and the loss of competitiveness in southern Europe.

Greece, Spain and Italy all made strenuous efforts to qualify for the euro. But once in, they relaxed and gave up the tiresome business of pushing through reforms to enhance competition, hold down labour costs and boost productivity. In fact their loss of monetary and exchange-rate flexibility makes these reforms more pressing—as the euro crisis has underlined. It also makes it imperative that Germany do more to boost domestic demand. How sad that most euro-zone governments still do not seem to get it; how pathetic that they cover their ignorance by blaming hedge-fund managers in London.

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Frau Merkel, Démolissez le Mur !

Voici un article (traduit) du Professeur Don Boudreaux, envoyé au Washington Post

Accusant les «spéculateurs » et « l’avidité des investisseurs » du déclin de l’euro, le gouvernement allemand a imposé de nouvelles taxes et réglementations pour restreindre sévèrement la spéculation (« German lawmakers approve euro rescue package », 21 Mai).

Chacune de ces restrictions est au capital ce que le Mur de Berlin était aux hommes : un obstacle destiné uniquement à protéger les gouvernements répressifs et irresponsables des conséquences de leur irresponsabilité et de leur oppression.

En limitant par la force, la capacité des hommes à fuir un régime tyrannique, le Mur de Berlin ne combattait qu’un symptôme – la fuite des peuples – de la faillite du gouvernement d’Allemagne de l’Est.

De même, en limitant par la force, la capacité des investisseurs à vendre des biens financiers, les nouvelles restrictions allemandes sur le capital ne combattent qu’un symptôme – la fuite des capitaux – de l’imprudence des politiques économiques menées par le gouvernement allemand.

Sincèrement,

Donald J. Boudreaux

Retrouvez les lettres quotidiennes de Don Boudreaux sur Cafe Hayek

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Vers une Union Européenne Allemande

L’interdiction de la vente à nu annoncée par Angela Merkel est clairement une mauvaise nouvelle pour les investisseurs. Cependant, cette décision unilatérale, non coordonnée fait office de « gadget » lorsqu’elle est prise par un seul pays.

Alors pourquoi s’être engagée rapidement dans une telle voie, au risque de se mettre à dos les autres Etats Membres ?

Il faut bien comprendre que Mme Merkel doit maintenant faire avec un parti d’opposition important dans son pays (SPD) et de ce fait, elle va devoir faire des concessions pour éviter un blocage de toutes initiatives futures au Bundesrat. Ce qui peut apparaître comme une mauvaise décision à l’échelle européenne doit donc d’abord être étudié au niveau de la politique nationale allemande.

Voilà un nouveau sujet de friction pour l’UE, désormais pour comprendre l’orientation de l’UE, il faudra comprendre la politique interne du pays qui soutient la zone…

Sur les effets de la vente à nu : Le blog à Lupus, les Echos

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Angela Merkel veut agir !

Ce matin, Angela Merkel menaçait de prendre des mesures unilatérales en cas de non coopération des Etats Membres. (Les Echos)

Cette attitude est tout à fait compréhensible de la part du dirigeant de l’Allemagne « Deep Pocket » de l’UE. Pourtant, cette annonce a eu un effet pervers sur l’Euro qui se retrouvait à 1,22 $ (toujours plus proche du fameux 1,20 $ prévu par les analystes…).

Madame Merkel sait qu’il vaut mieux une annonce douloureuse aujourd’hui (« l’euro est en danger ») qu’une attitude optimiste qui pousserait inéluctablement vers une stagnation de l’UE.

Cependant, s’il faut agir vite pour redonner confiance aux investisseurs étrangers, il faut aussi agir bien. Et se pose alors la question de la cible à réguler. On entend de plus en plus parler d’une taxe sur les flux financiers (type Tobin tax), d’une régulation des Hedge Funds, de l’interdiction de vente de découvert à nu, bref d’une régulation du marché…

Fort heureusement, l’Allemagne semble consciente de la vraie cible à réguler : renforcer le contrôle de dette des Etats.

Ici, il faut alors revenir aux causes de la crise actuelle : qui est responsable de la perte de confiance des investisseurs, qui vit au dessus de ses moyens ?

En répondant à cette question, il sera alors possible de réguler vite et surtout de réguler bien !

Espérons que pour une fois, la nécessité l’emportera sur l’idéologie et convaincra les dirigeants de nos Etats d’admettre leur échec au lieu de prendre encore le marché comme bouc émissaire…

Sur les conséquences d’une régulation des Hedge Funds : Le Blog à Lupus

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Pieds et poings liés, en route vers le Mur!

Aujourd’hui Erik Izraelewicz prévoyait trois scénarios possibles pour l’euro : la chute de l’euro et le retour aux monnaies nationales, un statu quo qui entrainerait la zone euro dans une stagnation à la japonaise et enfin l’intégration avec une politique budgétaire commune gérée par un super ministre du budget européen.

Sa préférence va à la troisième solution puisqu’elle forcerait les pays à avancer dans le même sens.

Mais quel en serait le prix ? A quoi ressemblerait une telle Union Européenne ?

Si la zone s’unit autour d’un ministre du budget, il faudra harmoniser l’ensemble des institutions fiscales pour que cela ait un sens. Harmoniser comment, en s’alignant sur quels pays ?

Par ailleurs, il faudra un consensus social chaque fois qu’une décision sera prise. Baisser les revenus des fonctionnaires dans la zone (sic !) sans risquer de voir la population grecque, espagnole ou française dans les rues ?

Il y a une solution : un super ministre européen aux affaires sociales…

Et comment nommera-t-on ces ministres ?

Plus on approfondit la logique de cette intégration plus on avance vers un modèle étrangement connu… Voyons voir, un super gouvernement dirigeant plusieurs nations dont la volonté des citoyens de vivre encore ensemble est plus que jamais incertaine…

Tout ça a un léger goût de déjà vu.

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Un partenariat euro-japonais pour un système monétaire équilibré

Va-t-on dans le bon sens?

Voici un article de EurActiv pour vous donner une idée…

http://www.euractiv.fr/institutions-0/article/2010/05/14/partenariat-euro-japonais-systeme-monetaire-equilibre_67380

Le fondateur d’Europanova Guillaume Klossa et l’économiste Jean-François Jamet proposent la constitution d’un partenariat euro-japonais pour réduire la volatilité de l’euro et les déséquilibres économiques mondiaux. Cette idée constitue l’une de leur « 60 propositions pour fonder une puissance européenne », rendues publiques le 6 mai dernier.

« Proposer, de concert avec le Japon, à la Chine et aux autres pays asiatiques de remplacer l’alignement du cours de leur monnaie sur celui du dollar, par l’adoption d’un adossement de leur monnaie à un panier de devises incluant l’euro et le yen, dont la part respective augmenterait progressivement face au dollar. » Telle est la proposition formulée dans le rapport intitulé « Une Europe qui ose dans l’intérêt des Européens », publié par le think tank EuropaNova.

Ce partenariat cherche à répondre à la volatilité de l’euro et permettrait à l’Europe de stabiliser sa monnaie face aux monnaies asiatiques pour faciliter ses investissements et exportations vers l’Asie. Pour parvenir à convaincre la Chine, la proposition concernerait tous les pays asiatiques afin de répondre au refus chinois d’une réévaluation du yuan face aux autres pays. Par ailleurs, un tel partenariat offrirait aux pays asiatiques un moyen d’échapper à leur dépendance vis-à-vis du dollar et de l’économie américaine.

Autre proposition en phase avec la crise grecque : la constitution d’un fonds monétaire européen. Si dans un premier temps, il serait financé par les contributions des Etats à proportion de leur PIB, il serait par la suite « alimenté uniquement par les contributions des États membres qui enfreignent les critères du Pacte de Stabilité. » Leur participation financière au fonds serait remplacée sur une contribution proportionnelle au niveau de la dette publique et du déficit. Interrogé par EurActiv.fr, Jean-François Jamet, co-auteur du rapport explique qu’un tel système permettrait de créer une assurance contre le risque de défaut d’un Etat, et d’inciter fortement ces mêmes Etats à respecter les critères du Pacte de Stabilité. » Ce mécanisme aurait enfin l’avantage « d’apporter de la crédibilité aux finances publiques européennes pour l’avenir » tout en étant « facile à mettre en place institutionnellement », conclut-il.

Marek Kubista

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Vers un point de non retour

Les marchés ont sévèrement chuté hier (entre -3% et -7% selon les places ; -4,59% pour le CAC 40), comme si l’euphorie à l’annonce du plan de secours avait laissé place à nouvelle angoisse sur la situation de l’Europe…

Cette crainte s’explique tout d’abord par le manque de clarté du plan lui-même. On nous parle de 750 milliards d’euros, mais très peu de politiques ou de journalistes ont pris le temps d’expliquer le contenu de cette enveloppe ! En réalité ce fonds est composé de 60 milliards d’euros en bonds de l’UE, 440 milliards de fonds garantis par les pays de la zone (et supportés notamment par les banques, d’où la baisse vertigineuse des valeurs bancaires) et une aide potentielle de 250 milliards de la part du FMI.  C’est donc avant tout une aide « potentielle », l’argent n’est pas directement injecté dans l’économie grecque, il est seulement prêt à être utiliser, et cela, il aurait sûrement été nécessaire de l’expliquer clairement dès le départ.

Ensuite, le plan est naturellement une mesure de court terme, et il ne règle en rien les défaillances structurelles de l’UE, c’est-à-dire l’absence d’organe de décision et de sanction clair au sein de la zone, ce qui avait déjà expliqué la peur des investisseurs lors de l’annonce de la situation grecque.

A cela s’ajoute enfin une troisième raison de penser que le plan n’est pas suffisant voir risqué pour l’avenir : le nouveau rôle de la BCE. Pour le moment, on ne sait pas réellement comment le prêt du FMI va être octroyé et en attendant la BCE fait office de garant. Ainsi les investisseurs se demandent jusqu’à quand la BCE va supporter ce risque et comment peut-elle concrètement soutenir ce plan de secours tout en assurant son rôle premier : maîtriser la quantité de monnaie dans la zone et la stabilité de l’euro vis à vis des autres devises.

Comment peut-on résumer la crainte des investisseurs et de tout européen conscient de la situation ?

En quelques mots, nous pouvons dire que l’absence de clarté sur le plan de secours, le nouveau rôle de la BCE et l’absence d’une structure européenne de contrôle des pays membres illustrent la négation des deux fondements économiques de l’UE : un pacte de stabilité non respecté d’une part et la levée de l’interdiction de racheter les dettes des Etats Membres d’autres part (le non respect de la clause de Non Bail Out).

Puisque les fondements de la solidité économique de l’UE sont niés, il est normal que les investisseurs se montrent frileux face à ce plan court termiste qui ne règle pas les choses en profondeur.

Que faire à présent ?

Il est toujours aisé de critiquer les actions passées à la lumière des réactions présentes. Aussi, regardons vers l’avenir et demandons nous ce qu’il est possible de faire pour redonner confiance aux européens et aux investisseurs étrangers. La seule solution est de mettre en place un moyen de contrôle efficace de la gestion des finances des Etats Membres. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est qu’on redécouvre ce qu’il aurait fallu faire depuis le départ d’après les théoriciens de l’union monétaire ! Evidemment, il faut contrôler la santé d’un Etat avant de l’intégrer à la zone, et cela passe par des mesures plus précises qu’un niveau de dette et de déficit particulier…

Une prévision ?

Il y a fort à parier que les dirigeants européens vont tenter d’améliorer les moyens de contrôler les Etats Membres, cependant ils semblent déjà en désaccord sur la façon de procéder. Un gouvernement économique commun plébiscité par les Français ou un organe européen destiné à sanctionner ceux qui sortent du rang pour les Allemands ?

Dans les deux cas, une chose est sûre, la bataille politique ne fait que commencer et le résultat sera le dépassement inéluctable d’un point de non retour pour l’indépendance et la souveraineté des nations européennes…

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Monnaie unique, destin unique

Le gouvernement grec a accepté l’aide de l’UE et du FMI. L’UE a formé un fonds de secours destiné à sauver les Etats Membres en difficulté. Les « attaques » des spéculateurs semblent se stabiliser voir se calmer. Pourtant, l’euro continue sa lente descente vers la barre fatidique des 1,20$…

Les marchés sont-ils fous ?

Non, ils sont tout ce qu’il y a de rationnels malheureusement ! Lorsqu’ils voient le montant des aides, pire la valeur total du fonds de secours (750 milliards d’euros), ils se posent les mêmes questions que l’individu qui prête de l’argent à un ami : quand va-t-il me rembourser, pourra-t-il me rembourser ? Evidemment plus la somme est grande, plus y a de risques de ne pas revoir l’intégralité du prêt. Par ailleurs, pour que le remboursement soit possible, il faut gagner plus que ce qu’on dépense, c’est-à-dire connaître de la croissance économique qui permette aux Etats endettés de récolter des fonds à travers les impôts tout en réduisant les dépenses publiques.

Aujourd’hui, les perspectives de croissance sont mauvaises, donc peu de chance que la dette se résorbe… Dès lors, les investisseurs se posent la question : comment vont-ils rembourser cet argent prêté par l’UE via les banques ?

S’ils ont des doutes, ils vont se montrer réticents à prêter aux banques… (ce qu’on voit aujourd’hui). Il faut alors les convaincre que les risques sont faibles. Comment faire ? Il n’y a qu’une solution, leur dire la vérité et surtout leur dire toujours la même vérité !

La première chose, c’est donc de leur montrer que la Grèce risque de ne pas rembourser dans les délais contrairement aux autres Etats Membres en difficultés, afin de clarifier la situation et d’éviter que les investisseurs perdent confiance dans l’ensemble de la zone… C’est ce qu’a fait Monsieur Ackermann, le président du directoire de la Deutsche Bank, et pourtant cela n’a fait qu’empirer les choses, me direz-vous !

En effet, c’est la deuxième condition de notre solution. Une vérité consensuelle. L’ensemble des gouvernants doit dire la même chose pour donner aux investisseurs une vision claire de la situation européenne et une confiance dans la zone. Le soucis actuel de l’UE, ce n’est pas tant la dette des Etats Membres, mais plutôt le fait qu’elle est perçue comme une zone divergente, regroupant des pays incapables de s’entendre et trop différents les uns des autres. Dès lors, un manque de confiance envers la Grèce entraine un manque de confiance dans la réaction des autres Membres. Puisque les chefs d’Etats et autres institutions européennes ont des discours divergents, c’est le point commun de ces Etats qui est attaqué : l’Euro !

Tant que le discours européen ne sera pas clair et unifié, le moindre doute, qu’il soit exprimé sur le marché ou la scène politique, entrainera une réaction violente sur la valeur de notre monnaie… Et qui dit variation monétaire, dit perte de visibilité pour les entreprises européennes, donc moins d’investissements et moins de croissance.

Le problème d’un pays de la zone est à présent le souci de toute la zone. Voilà pourquoi les économistes ayant travaillé sur la création de l’euro préconisait une union européenne uniquement entre pays ayant les mêmes qualités (même croissance, même niveau de développement, même fonctionnement), car on peut le dire « à monnaie unique, destin unique… »

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FME, plan de secours et loi de Gresham…

Il y a quelques mois, plusieurs économistes proposaient la création d’un Fonds Monétaire Européen (FME) dont la mission serait d’encadrer, de contrôler et d’accompagner les dépenses des Etats Membres. Aujourd’hui, nous assistons à la création d’une coopération entre l’UE et le FMI pour mettre en place un « plan de secours » qui soutiendrait les Etats Membres en difficulté.

Qu’on l’appelle FME ou plan de secours, le système est le même ; une forme d’assurance pour les Etats dont la mauvaise gestion a entrainé une perte de crédibilité sur les marchés financiers. Et lorsqu’on parle d’assurance, l’économiste a toujours un mot à dire. Il rappelle que l’assurance donne lieu à un problème d’aléa moral.

L’aléa moral, c’est le fait qu’une fois assuré, on ne supporte plus totalement le risque qu’on prend. Ainsi, le conducteur qui s’assure fera moins attention à sa voiture, le propriétaire d’un objet assuré sera incité à prendre moins de précaution lorsqu’il l’utilise. Les assureurs ont trouvé une parade, en utilisant un système de bonus-malus et en distinguant les catégories d’individus selon leur comportement plus ou moins risqué (primes différentes selon les classes d’âge, l’état de santé, et proposition de différents contrats d’assurance).

Cependant, lorsqu’on « assure » un pays, de tels mécanismes d’incitation sont plus difficiles à mettre en œuvre (c’est toute la problématique de l’élaboration d’un plan de rigueur pour la Grèce en contrepartie d’une aide). En effet, il faut tenir compte de la réponse des marchés à l’annonce d’un tel plan et de ce fait, il est souvent nécessaire d’assurer l’Etat quoiqu’il arrive, c’est-à-dire, même s’il ne respecte pas ses engagements (après tout, quel pays respecte même le Pacte de Stabilité ?)

Le mécanisme d’assurance ne fonctionne donc pas parfaitement, laissant une grande marge de manœuvre aux Etats dans la gestion future de leur dette et de leurs politiques économiques. Fort de ce constat, nous pouvons nous risquer à une prévision quant à l’avenir des  Etats de l’UE. Il y a fort à parier qu’on retrouve un phénomène bien connu des économistes : la Loi de Gresham.

Cette loi explique que lorsque deux monnaies (or et argent) circule sur le même territoire, la monnaie la plus faible, la plus risquée (historiquement l’argent) chasse la bonne (l’or). La raison est simple : les individus préfèrent conserver la monnaie dont la valeur s’apprécie dans le temps (celle qui a le plus grand pouvoir d’achat) et utilisent alors la mauvaise monnaie pour leurs transactions courantes, gardant à l’esprit qu’il vaut mieux avoir de l’or pour l’échanger plus tard en argent, puisque la valeur de l’or sera de plus en plus grande.

Cette réaction naturelle des individus va donc conduire à un abandon d’une monnaie stable (la stabilité est nécessaire pour que les entrepreneurs osent investir) et une utilisation d’une monnaie risquée.

Quel lien avec l’UE dans laquelle une seule monnaie circule ? Et bien on pourrait dire que la loi réapparaît d’une nouvelle manière, quelque peu inattendue.

En assurant les « mauvais Etats », ces derniers sont incités à conserver une mauvaise gestion au détriment des Etat rigoureux qui paieront le laxisme des premiers. Ainsi, l’ensemble des Etats va être incité à agir avec laxisme puisqu’il existe une assurance d’une part, et qu’il faut éviter d’être le bon qui paie pour les mauvais d’autre part…

Ici, la loi de Gresham pourrait donc être résumer de la manière suivante : ce n’est pas la mauvaise monnaie qui chasse la bonne, c’est la mauvaise gestion des Etats qui chasse la bonne !

Deux conclusions peuvent être tirées de ce constat : premièrement, si l’on veut « aider » les Etats Membres en difficulté, il faut accepter d’avoir un contrôle de plus en plus centralisé au niveau européen, c’est-à-dire un abandon de ce qu’il reste de souveraineté nationale. Deuxièmement, l’adoption d’une monnaie unique n’a pas réglé les problèmes monétaires en Europe, elle a simplement déplacé le problème du plan monétaire au plan budgétaire. En d’autres termes, « chasser le marché par la porte, il revient par la fenêtre »…

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Repoussez le remboursement de la Grèce!

La Grèce sera sauvée par l’Union Européenne et le FMI, coûte que coûte !

Cependant, la peur d’une contagion de la situation grecque aux autres pays membres est de plus en plus grande. Les « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) font face à une spéculation forte qui pousse leur taux d’emprunt à la hausse. Plus ils empruntent, plus ils devront payer cher leurs remboursements…

En effet, les investisseurs craignant une faillite des Etats les plus endettés, demandent des garanties (des taux d’intérêt) de plus en plus élevés pour prêter leur argent. Dès lors, la spéculation conduit les Etats endettés dans un cercle vicieux : chaque emprunt coûte plus cher que le précédent et le risque de défaut de remboursement se précise…

En réalité, les risques sont moins grands que les investisseurs veulent bien le croire, et c’est bien la raison pour laquelle les hommes politiques se montrent si véhéments à l’égard du marché financier. L’action combinée de l’Allemagne et la France a bien montré que les Etats Membres seront solidaires et de ce fait que les risques de contagion sont surestimés.

Mais alors, pourquoi les investisseurs se montrent-ils si frileux ?

La raison est simple : c’est un problème de communication entre politiques et spéculateurs. Oui, parfaitement, un problème de communication !

Les conditions du plan de sauvetage de la Grèce sont trop sévères : réduire les dépenses de plus de 10% sur trois ans, augmenter les impôts (TVA notamment), bloquer les retraites ; et même avec une telle politique d’austérité les prévisions restent mauvaises : une dette représentant 140% du PIB dans trois ans… De quoi terrifier les investisseurs qui se disent que si le « sauvetage » est si mauvais pour un pays si petit, ce sera encore pire avec les autres. En refusant d’admettre que la situation de la Grèce mérite un plan de long terme car l’Etat est en faillite contrairement aux autres PIGS, les décideurs politiques ont brouillé la distinction qu’il existe entre la Grèce et les autres.

Pour empêcher la contagion, il faut alors annoncer clairement les choses : la Grèce est perdue, nous allons la récupérer mais cela prendre énormément de temps et demandera des efforts très coûteux ; ce n’est absolument pas le cas des autres pays de la zone dont la dette n’est pas la variable majeure de leur économie.

Il est bien évident qu’une telle communication n’est pas très populaire puisqu’elle revient à dire qu’un pays a failli, mais cela redonnerait aux marchés financiers la confiance nécessaire pour continuer à prêter aux autres Etats Membres…

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RÈseau LHC

Encore un site d’économie ?

Les économistes sont restés dans leur tour d’ivoire depuis trop longtemps, au point qu’aujourd’hui ils sont accusés de tous les maux et ne trouvent plus de place pour s’expliquer. Trop abstraite, trop complexe, incapable d’expliquer les phénomènes actuels, voilà la conception qu’a l’individu lambda de l’économie. Ce blog a pour but de réconcilier cette discipline simple, vivante et intuitive avec ceux qui s’interrogent sur les problèmes que posent nos économies globalisées. Ici, pas de mathématiques, pas de grands discours ni de suites incompréhensibles de statistiques. Nous ramenons l’économie dans la réalité qu’elle n’aurait jamais du quitter…